Traversée des Pyrénées avec une prothèse : l'exploit de Thierry Troupeau
Traversée des Pyrénées avec prothèse : exploit de Troupeau

Le 22 mai 2014, Thierry Troupeau, plombier de Lansac en Gironde, prenait le départ du GR10 à Hendaye, muni d'un genou bionique. Trois mois plus tard, le 23 août, il atteignait Banyuls-sur-Mer, devenant ainsi le premier homme à traverser les Pyrénées d'une traite avec une seule jambe valide.

Un parcours hors norme

À une allure d'environ 1 km/h, il a parcouru près de 900 kilomètres avec des dénivelés cumulés de 2 800 mètres. « Je l'ai fait, je suis passé partout. Je n'en ai pas raté un mètre », s'exclamait le Médocain de 49 ans. « Je suis aussi passé sur toutes les douleurs. Je me suis dépassé à mort. »

Des débuts prometteurs

Quelques heures avant son départ, Thierry Troupeau affichait une confiance sans faille en sa prothèse, inspirée de la technologie des freins de Formule 1 et des robots de chaînes de montage. Mais dès le 45e kilomètre, un premier incident survient : la pluie abîme les circuits électriques, les piles sont à plat, et la jambe « intelligente » ne retient plus rien dans les descentes. Il doit lutter jusqu'à Bidarray, puis reste trois jours à Cambo pour soigner son moignon brûlé et râpé.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Les difficultés s'accumulent

Au 170e kilomètre, à Sainte-Engrâce, un deuxième incident le cloue au lit. Sa cuisse s'est affinée avec l'effort, rendant l'emboîture de la prothèse trop large. Rapatrié en Gironde, il doute. « Au bout du premier mois, je me suis dit que ça allait être difficile de terminer. » Sa femme, elle, reste confiante : « À moins qu'il ne se casse sa dernière jambe valide, il ne s'arrêtera pas. » Il repart avec 5 millimètres de cales entre le moignon et le genou mécanique.

L'épreuve des glaciers

Après avoir passé les dangereux névés des glaciers pyrénéens, Thierry Troupeau arrive difficilement à Gavarnie, au kilomètre 324. « Les trois derniers jours à haute altitude ont été très durs. J'ai décidé de franchir la Hourquette d'Alans malgré la neige et la raideur. Cinq heures pour faire 1,5 km, mais je suis arrivé. Je fais le GR10, pas le GR9 et demi. »

La souffrance quotidienne

À mesure que le moignon maigrit, il rajoute quatre cales. Chaque pas est une souffrance. Il perd 6 kilos, une barbe blanche allonge son visage émacié. Les blessures s'accumulent : le tendon de l'épaule gauche est déchiré sur 1,5 cm, le genou droit développe de l'arthrose. Malgré tout, il garde le moral, accompagné par sa femme et ses amis sur quelques dizaines de kilomètres.

L'arrivée triomphale

À Banyuls-sur-Mer, une quarantaine de personnes l'attendent avec des banderoles : son prothésiste, le maire de Lansac, des marcheurs croisés sur le GR10, et ses amis. Thierry tombe dans les bras de son père. « J'ai gagné le respect de ma femme, de mes enfants et de pas mal de gens. J'ai toujours les mêmes soucis, mais ils me passent par-dessus la tête. Je vois la vie différemment. J'ai conquis mon bonheur. Je suis allé au bout de mon rêve. »

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale