L'histoire insolite des gros mots : de « Bon appétit » aux injures racistes
Histoire des gros mots : de « Bon appétit » aux injures racistes

L'étonnante histoire des gros mots à travers les siècles

Vous vous asseyez à table et lancez un retentissant « Bon appétit » à votre famille ? Sachez qu'entre le XVIIe et le XIXe siècle, cette expression aurait été considérée comme un terme vulgaire et grossier. La bonne société de l'époque bannissait en effet toute allusion au corps humain de la conversation courante. Évoquer l'appétit revenait à rappeler l'existence du tube digestif, ravalant ainsi l'être humain au rang d'un simple animal.

Une notion subjective qui évolue avec le temps

Cet exemple démontre parfaitement que la notion de « gros mot » est totalement subjective et varie considérablement selon les époques. Au Moyen Âge, dans une société profondément croyante, les jurons suprêmes étaient naturellement rattachés à l'univers religieux. Toute allusion moqueuse au Créateur équivalait, selon certains théologiens, à blesser physiquement le Christ lui-même !

Pourtant, cela n'empêchait pas nos ancêtres de multiplier les « Bon Dieu », « Tonnerre de Dieu », « Bonne mère », « doux Jésus » et « fils de David ». Sans oublier les références à Belzébuth telles que « par Lucifer », « enfant de Satan » ou « que diable ».

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Le corps humain devient inconvenant

C'est à mesure que l'Église catholique perdait de sa toute-puissance que la référence au corps humain s'est imposée comme la plus inconvenante, comme nous l'avons vu avec « bon appétit ». Avec une prédilection, il fallait s'y attendre, pour ce qui ressort du domaine sexuel. La décence nous interdit de les citer tous, mais les gros mots dans ce registre sont innombrables, de « foutre » à « zob » en passant par « fiotte » ou « roubignoles ».

L'évolution contemporaine des tabous

Le temps a cependant fait son œuvre. Aujourd'hui, « merde » ne choque plus grand monde, au point d'être parfois devenu synonyme de « bonne chance ». La matière fécale a même donné naissance à des émoticônes et à des peluches. À notre époque, ce ne sont plus les références au sacré et à l'obscène qui choquent le plus, mais bien les injures racistes.

Dans certaines universités américaines, il était ainsi interdit de demander à un étudiant de couleur « D'où êtes-vous ? » car on considérait que cela revenait à insister sur sa différence ethnique.

Les multiples fonctions du langage vulgaire

Quoi qu'il en soit, cette langue aussi souterraine que vivante offre une foule d'avantages. La décompression d'abord : qui, en se tapant sur les doigts en enfonçant un clou, n'a pas lâché un bien sonore « Mais quel con ! » ? La transgression ensuite : quelle libération de pouvoir traiter son chef de service de « gros nul » le jour où l'on a trouvé un emploi ailleurs.

On y trouve également une promesse de vengeance : « Tu vas voir ta gueule à la récré ! ». Et même l'effet littéraire, comme l'a magistralement démontré Georges Brassens avec son fameux « Il s'en fallut de peu mon cher que cette putain ne fût ta mère ».

Distinguer gros mots, injures et jurons

Il est essentiel de ne pas tout mélanger. Un gros mot est un terme incorrect, indélicat, obscène, scatologique, vulgaire, qui offense la pudeur et transgresse les codes de la bienséance. Une injure est une parole qui s'adresse à quelqu'un en particulier pour le blesser. Un juron ne s'adresse à personne et surgit souvent quand on est seul.

Ainsi, « bite » et « couilles » sont des gros mots ; « salaud » et « connard » sont des injures ; « mon Dieu » et « bordel de merde » sont des jurons. Cette distinction subtile montre toute la richesse et la complexité de notre rapport au langage interdit.

L'histoire des gros mots nous révèle ainsi bien plus qu'une simple évolution linguistique : elle nous dévoile les transformations profondes de nos sociétés, de nos tabous et de nos rapports au sacré, au corps et à l'autre.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale