Ehpad : un sigle devenu symbole d'angoisse collective
Héritiers modernisés des anciens hospices pour vieillards défavorisés, les Ehpad font régulièrement la une de l'actualité. Ce sigle désignant les « établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes » pâtit aujourd'hui d'une image profondément négative. À cette appellation sont attachées des controverses récentes sur leurs modalités de gestion et, surtout, des représentations sombres liées à leurs réalités supposément toujours tristes.
Une présence omniprésente dans le débat public
L'acronyme Ehpad se retrouve désormais dans des discussions familiales intimes – est-ce la solution pour tel ou tel ascendant ? Accepterais-je moi-même d'y résider un jour ? – comme dans des débats parlementaires et administratifs – quels nouveaux moyens leur accorder ? Quelles voies et moyens pour mieux les contrôler ? Pourtant, ce vocable est relativement neuf. La première occurrence de son utilisation dans la presse générale date de juillet 2005 dans Le Monde et de juin 2010 dans Le Point.
Avant les journalistes et le grand public, c'est dans la sphère administrative médico-sociale qu'apparaît l'expression. Elle se déploie à partir de la fin des années 1990, remplaçant progressivement d'anciennes appellations. On la retrouve maintenant dans l'esprit des gens, dans les journaux, à table et dans les assemblées, mais aussi dans les Codes de l'action sociale et des familles, de la sécurité sociale, de la santé publique, de la construction et de l'habitation, des collectivités territoriales.
Du sigle administratif à l'inquiétude partagée
L'abréviation, avec son cortège de significations, a fait plus que pénétrer le vocabulaire courant. Elle compte parmi certaines hantises contemporaines des élus qui veulent bien faire, des gestionnaires sous le feu de critiques parfois ajustées mais souvent injustes, et de toute personne qui s'interroge sur le devenir d'un proche, voire sur ses propres lendemains.
Les services administratifs et statistiques emploient, pour leurs données, le sigle Ehpa, désignant donc les établissements pour personnes âgées, au premier chef les Ehpad, mais aussi des Ehpa dits « non Ehpad », des unités de soins de longue durée (USLD) et des résidences autonomie.
Des chiffres qui illustrent l'ampleur du défi
En 2023, les Ehpad accueillaient quelque 575 000 résidents, les résidences autonomie 95 000, et les autres services près de 30 000. Notons qu'administrativement, 3 500 places correspondaient explicitement à des « maisons de retraite ». En gros, il existe aujourd'hui 600 000 places en Ehpad. Au regard de la dynamique de vieillissement de la population, et si l'on conservait les pratiques actuelles d'entrée en établissement des personnes âgées en perte d'autonomie, il en faudrait un million en 2050.
Les défis juridiques, économiques et philosophiques sont colossaux. Commençons donc par un petit côté de la lorgnette, symbolique mais, à certains égards, décisif.
Changer les mots pour transformer les regards
Les Ehpad n'ont pas bonne presse, ne serait-ce qu'en raison de la relative mauvaise réputation de ces services qui, pourtant, dans la très grande majorité des cas, réalisent leurs missions avec professionnalisme et humanité.
Alors, sans les révolutionner, mais en faisant évoluer les perceptions, il est possible d'avancer. Puisque l'expression Ehpad est devenue familière, mais angoissante et dépréciative, changeons-la ! Faire évoluer la sémantique officielle, passablement bureaucratique et désincarnée, doit permettre aux résidents de se sentir chez eux et à leurs familles de voir ces établissements comme un prolongement et non comme une coupure, non comme des mouroirs, qu'ils ne sont pas, mais comme des lieux de pleine vie.
Des propositions concrètes pour une nouvelle dénomination
Des rapports officiels ont déjà proposé de rebaptiser les Ehpad en « maisons du grand âge » ou « maisons médicalisées des seniors ». Appelons-les simplement, en nettoyant un peu le droit et en revoyant les pratiques, « maisons de retraite ».
Le vocable, encore parfois usité, sonne un rien désuet, un peu comme les « pensions de famille ». Ces dernières désignent d'ailleurs officiellement, dans le code de l'action sociale et des familles, des modalités d'hébergement pour des sans-abri particulièrement abîmés par la vie. On peut donc employer des expressions qui, pour vieillottes et surannées qu'elles semblent, apparaissent plus humaines et moins froides.
Bannir un sigle technocratique ne changera pas toute la donne de la gigantesque problématique du vieillissement et de la perte d'autonomie. Mais ce serait un pas bienveillant bienvenu, une première étape pour modifier les représentations et, peut-être, les réalités.



