Instant de mignonnerie ce mercredi 20 mai à l'École nationale des douanes de La Rochelle. Quatre chiots labrador de 10 semaines ont été remis à leurs maîtres. Commencent pour eux plusieurs années de formation. Et ce sont eux qui choisissent leur maître, et non l'inverse.
Une cérémonie de « mariage » pas comme les autres
Ce mercredi 20 mai, quatre chiots labrador de 10 semaines – un sable et trois noirs – ont été lâchés sur le « ring » de l'École nationale des douanes de La Rochelle (ENDLR). Dans cet espace clos enherbé a eu lieu la très joyeuse cérémonie dite du « mariage ». Les douaniers maîtres de chien, à genoux, ont laissé le feeling opérer à coups de cris, de caresses et de jeux. « Ça a quelque chose de très romantique », sourit Yohann Berthier, responsable du Centre national des formations cynophiles à l'ENDLR. Au terme d'une quinzaine de minutes, chacun repart avec son petit sous le bras. Commencent pour le duo plusieurs années de formation.
Des chiots venus du Loiret
Arrivés la veille à La Rochelle, les chiots sont nés dans le Loiret, au bien nommé élevage Black Soldier, spécialisé dans la lignée de travail. Ce sont tous des mâles. « Ils sont un peu plus couillons que les femelles, plaisante à moitié Yohann Berthier. Ils foncent dans le tas, ils réfléchissent moins. » Dans le corps de la douane, la race labrador représente 88 % des équipes cynophiles. « Ce sont des chiens appréciés par le public, décrit Denys Simon, chef de section formations spécialistes terrestres et maritimes. Ils sont plus faciles à travailler que le malinois. Quand ils trouvent, ils grattent. Ça passe mieux avec les gens que les bergers allemands. »
Une formation de longue haleine
Ces quatre futurs fins limiers entament presque deux ans de formation pour devenir experts en recherche de stupéfiants, de tabac, d'explosifs ou de billets de banque. Ils rejoignent les 271 maîtres de chien de la douane française. Sur le ring, les maîtres de chien et leur futur compagnon passent plusieurs minutes à jouer ensemble jusqu'à ce que la magie opère.
Un compagnon à domicile
Dans le chenil, les chiots s'amusent comme n'importe quels autres petits chiens. De l'autre côté du grillage, les quatre futurs maîtres observent. Camille et Mélodie sont des « primo-accédantes ». Déjà douanières à Rungis et à Orléans, elles ont réussi la sélection rigoureuse pour devenir maîtres de chien. Les deux autres, Gaëtan et Stessy, en poste à Halluin et à Poitiers, sont déjà formés. Leur labrador arrivant près de la retraite, ils accueillent un nouveau compagnon. Privilège de l'ancienneté, eux ont la chance de pouvoir rebaptiser leur chiot. Les nouvellement nommés Bastos et Buzz partent dans leur nouvelle famille. Gaëtan ne le regrette pas : « Ça a l'air d'être un gros léchouilleur qui aime câliner. Mon premier labrador était plutôt indépendant. Ça ne me dérangera pas trop d'avoir un pot de colle ! »
Contrairement aux chiens policiers et gendarmes, les recrues de la douane vivent avec leur maître, à leur domicile. À la retraite, elles restent avec eux et ne sont pas proposées à l'adoption. « Ce sont des chiens olfactifs, pas d'intervention, de véritables compagnons de route », insiste Yohann Berthier. La douane continue d'ailleurs de payer les frais vétérinaires jusqu'à la fin de leur vie.
Plusieurs sessions de formation
Les chiots de ce mercredi partiront avec leur nouveau maître dans deux jours, le temps des formalités. Pendant dix mois, l'école des douanes de La Rochelle ne va pas les revoir. « On va leur faire découvrir tout ce qu'ils ont à découvrir », décrit Gaëtan. Place à l'éducation, à la désensibilisation, en trois mots : « Obéissance, jeu et découverte. » À 1 an, les chiens vont commencer leur formation avec leur maître. D'une durée de dix à quatorze semaines, elle a pour objectif de connaître et maîtriser la conduite d'un chien, de se faire obéir, de comprendre et interpréter les réactions de l'animal, de leur apprendre la mémorisation et la détection des produits, de leur faire connaître les vecteurs de fraude.
Après six mois sur le terrain, un stage de formation complémentaire de deux à quatre semaines est prévu afin de remettre à niveau et de corriger si besoin les méthodes et techniques du duo et de les perfectionner. Un stage de « recyclage » se déroule ensuite tous les trois ans. Un chien est déclaré « mature » vers l'âge de 3 ans. En cas d'erreur de vocation, l'animal est rendu à l'éleveur ou proposé à l'adoption.
25 à 30 recrues par an
Vers 10 ans, les chiens douaniers partent à la retraite. Entre 25 et 30 chiots viennent gonfler les rangs chaque année. Leur action est primordiale. Pour exemple, le 26 mai 2025, grâce au flair de Nino, labrador noir de la douane d'Arcachon, 344 kilos de résine de cannabis avaient été découverts dans un camion lors d'un contrôle sur l'A63.
Pour les quatre chiots du jour, l'aventure ne fait que commencer, d'abord dans leur nouvelle famille. Enfants, autres animaux, ville ou campagne… Rien ne contrevient à la spécialité. Ou presque. « Pour les équipes anti-tabac, il ne faut pas qu'il y ait de fumeurs dans la famille ! »



