Air fryer : une réputation de cuisson saine à nuancer
Adopté dans des millions de foyers, l'air fryer, ou friteuse à air chaud, s'est imposé comme une alternative présentée comme « plus saine » à la friture traditionnelle. Cependant, cette réputation mérite d'être examinée de plus près, comme l'explique Patricia Chairopoulos, journaliste santé à 60 millions de consommateurs. Elle s'appuie sur plusieurs études pour démêler le vrai du faux concernant ces appareils, également très populaires sur les réseaux sociaux.
L'argument « sans gras » est-il vraiment pertinent ?
« Ça dépend sur quels critères », prévient d'emblée Patricia Chairopoulos. L'argument principal de cuisiner « sans gras » est jugé réducteur. « L'objectif n'est pas de manger absolument pas gras », rappelle l'experte, en évoquant les recommandations de l'Anses qui préconisent un apport de 30 à 35 % de lipides dans l'alimentation. De plus, les produits utilisés avec ces appareils, comme les frites « spécial air fryer », sont souvent « plus ultratransformés » que les frites classiques. « Pourquoi aller chercher des frites avec cet enrobage ? », interroge-t-elle. Ainsi, l'appareil seul ne garantit pas une alimentation plus saine.
Quels sont les risques réels pour la santé ?
L'enquête met en lumière plusieurs études qui pointent la formation d'acrylamide, une substance classée comme possiblement cancérogène pour l'Homme par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). « Les air fryers peuvent dégager plus d'acrylamide que d'autres modes de cuisson », souligne la journaliste, notamment lorsque les températures sont trop élevées. Un autre point de vigilance concerne les cuves antiadhésives. Bien que non considérées comme nocives dans des conditions normales, elles peuvent contenir des PFAS. « Dès que le revêtement est abîmé, il faut changer », insiste-t-elle, en comparant avec les poêles. Les rayures visibles ou un revêtement qui se décolle constituent des signaux d'alerte.
La qualité des appareils et leur entretien sont cruciaux
Patricia Chairopoulos appelle également à la vigilance sur la qualité des air fryers. « Les matériaux très bon marché, ce n'est pas toujours bon signe », prévient-elle, déconseillant notamment les achats d'occasion ou sur certaines plateformes comme AliExpress, où les garanties de conformité aux normes européennes sont plus incertaines. L'usage et l'entretien jouent un rôle central. « Tout dépend comment vous l'entretenez », résume-t-elle. Un appareil mal nettoyé, avec des résidus carbonisés, peut « dégager encore plus de polluants » sous l'effet de la chaleur. Ce problème est peu perçu par les consommateurs, qui pensent souvent que la cuve fermée ne pose pas de risque. Pourtant, des odeurs anormales ou des fumées peuvent indiquer un encrassement. Une ventilation adéquate, un nettoyage régulier et des précautions d'usage restent essentiels.
L'air fryer encourage-t-il une fausse bonne conscience alimentaire ?
« Oui, tout à fait », tranche Patricia Chairopoulos. L'air fryer peut induire un biais : « On se dit que c'est bon, donc on fait moins attention au reste ». En se focalisant sur un mode de cuisson, certains relâchent leur vigilance globale sur l'alimentation. Ainsi, l'appareil n'est ni à bannir ni à idéaliser. « Ça dépend de l'usage », résume la journaliste.
Ce qu'il faut éviter de faire avec un air fryer
- Les grosses pièces de viande : elles peuvent sembler bien dorées à l'extérieur mais rester insuffisamment cuites à cœur, ce qui présente un risque sanitaire.
- Les aliments qui coulent ou encrassent : comme les fromages mous ou les préparations grasses, ils compliquent le nettoyage et favorisent l'accumulation de résidus.
- Les cuissons à très haute température ou trop prolongées : elles augmentent la formation de composés indésirables comme l'acrylamide.
- Un appareil mal entretenu : des résidus carbonisés peuvent, à long terme, entraîner davantage d'émissions de polluants.



