Victor Daviet : quand le snowboard devient un vecteur de solidarité
« Je suis comme un fou de voir tomber autant de neige… » Ces mots de Victor Daviet, prononcés à Sainte-Foy-Tarentaise en janvier dernier, résument sa relation fusionnelle avec la montagne. Pour ce rider professionnel, le snowboard dépasse largement le cadre sportif : c'est une culture, un univers où l'image et le collectif priment sur la compétition.
Des débuts familiaux à la passion dévorante
L'histoire de Victor Daviet avec le snowboard commence avec deux femmes déterminantes : sa mère et sa marraine. « Je me suis mis au snowboard car j'ai été influencé par ces deux femmes. À l'origine, nous faisions tous du ski avec l'école. Et un jour, j'ai dit : 'Non, moi, je veux faire comme ma mère.' » Elles l'emmènent rider dans les Alpes du Sud, près de Gap, sur les petites stations situées au-dessus du lac de Serre-Ponçon.
Très rapidement, cette activité se transforme en passion profonde : « J'étais dans un petit club, pas très axé sur la compétition, mais on nous a vraiment transmis la passion du snowboard. Je pense que cela a joué un rôle très important. » S'il commence la compétition relativement tard, à 15 ans, il devient rapidement champion de France, ce qui lui ouvre les portes du sport-études à Villard-de-Lans. C'est là qu'il rencontre ceux qui deviendront son équipe et ses amis les plus proches.
L'aventure comme philosophie, l'image comme langage
Contrairement à de nombreux athlètes, Victor Daviet n'a jamais vraiment eu l'âme d'un compétiteur. « Je fais du snowboard pour moi, pas pour battre les autres. Je suis plus dans une sorte de défi contre moi-même. » Cette approche personnelle s'accompagne d'un attachement profond à la culture vidéo du snowboard, où les « parts » constituent des références éducatives pour toute une génération.
Le rider multiplie les projets ambitieux, notamment avec sa série Trip Roulette qui mêle aventure, snowboard et écologie. Il évoque des expériences marquantes : « On a modifié ma BX de 1998 pour qu'elle fonctionne à l'huile de friture. On est partis jusqu'en Norvège. » Il se souvient également de son voyage en Mongolie, où il a atteint le camp de base à dos de chameau, ou encore de son ascension du Denali en Amérique du Nord, à plus de 6 300 mètres d'altitude.
Safety Shred Days : former pour prévenir les accidents
La montagne rappelle régulièrement sa dangerosité. En 2014, lors d'un shooting en Alaska, Victor Daviet se retrouve pris dans une énorme avalanche. Il s'en sort grâce à son airbag, mais l'expérience le marque profondément. Deux ans plus tard, un accident similaire touche un ami proche, malgré la présence de guides et d'un hélicoptère.
« Même en tant que professionnel et formé, il est possible de frôler la catastrophe. » Cette prise de conscience donne naissance aux Safety Shred Days, un événement conçu pour rassembler la communauté du freeride en début de saison, former les pratiquants et rendre la prévention accessible à tous. « L'idée, c'était surtout de proposer des formations accessibles, aussi bien en termes de tarifs que d'ambiance. »
L'exfiltration des snowboarders afghans : « la plus belle histoire de ma vie »
En 2021, Victor Daviet vit un tournant décisif. Lors d'une édition des Safety Shred Days au Pakistan, il rencontre l'équipe afghane de snowboard, composée de jeunes passionnés aux moyens limités. Il sympathise avec eux et envisage de documenter leur histoire. Mais en août 2021, Kaboul tombe aux mains des talibans.
« Ils m'ont appelé et m'ont dit : 'On a été menacés de mort pour avoir fait du snowboard. Il faut que tu nous aides.' » Autour de Victor Daviet, une équipe se constitue rapidement, donnant naissance à l'association Snowboarders of Solidarity. « Des personnes se sont engagées alors qu'elles ne connaissaient pas ces jeunes, qu'elles n'avaient jamais vus, et elles ont donné leur temps, leur argent pour les exfiltrer. »
Après une course contre la montre épuisante, l'opération aboutit : « On est allés chercher sept Afghans avec le van de ma mère. » Aujourd'hui encore, Victor Daviet s'émeut en évoquant cette aventure : « C'est ma famille. Ils ont été menacés de mort pour avoir fait du snowboard, et pourtant, c'est aussi grâce à ce sport qu'ils ont été sauvés. »
Quand on lui demande ce dont il est le plus fier, il ne cite aucun résultat sportif : « Dans ma vie, c'est la chose dont je suis le plus fier. » Dans un sport souvent perçu comme individuel, Victor Daviet démontre que l'engagement collectif et la solidarité peuvent transformer une passion en véritable levier d'action humanitaire.



