Hommage à Luc de Bernis : le médecin humaniste et mécène du Lot-et-Garonne s'est éteint
Luc de Bernis, médecin humaniste et mécène, décède à 70 ans

Un médecin discret mais profondément engagé s'en est allé

Le docteur Luc de Bernis, éternel défenseur de la cause des femmes et cofondateur de Maison Auriolles à Bias dans le Lot-et-Garonne, est décédé samedi 6 avril 2024 à Montpellier, emporté par un cancer à l'âge de 70 ans. Marié et père de trois enfants, cet homme discret qui fuyait les hommages laisse pourtant un héritage considérable tant dans le domaine médical que culturel.

Une vie dédiée à la santé des femmes à travers le monde

Gynécologue obstétricien de formation, Luc de Bernis a consacré sa carrière professionnelle à améliorer la santé maternelle des femmes, principalement sur le continent africain où il a longtemps vécu et travaillé. Conseiller en santé maternelle au Fonds des Nations unies pour la population, il a formé des générations de sages-femmes et continuait à donner des conférences internationales à Genève, Paris ou New York jusqu'à récemment.

De retour sur ses terres familiales des bords du Lot il y a six ans, il n'avait pas abandonné son engagement local. Il consultait encore dans les centres de santé sexuelle de Villeneuve-sur-Lot et de Fumel, et s'était mobilisé activement lorsque l'accès à l'Interruption volontaire de grossesse était devenu impossible au Pôle de santé de la vallée du Lot. « Certes, Agen est à trente minutes de Villeneuve, mais nombreuses sont celles qui vivent dans la vallée, encore plus éloignées. Et les jeunes qui n'ont pas de moyen de locomotion, qui veulent que la confidentialité soit respectée ? » argumentait ce membre actif du collectif IVG de la bastide.

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Un engagement qui dépassait la sphère médicale

Son implication sociale s'est manifestée pleinement en décembre dernier lorsqu'il a participé à l'organisation d'une série d'interventions avec Eva Thomas, première Française à avoir brisé le tabou de l'inceste en témoignant publiquement en 1986. Cette initiative impliquait la Maison des femmes, la Maison des adolescents et Maison Auriolles, dont il était le cofondateur avec la metteuse en scène Chantal Morel.

Maison Auriolles : un laboratoire d'idées unique

À Bias, Maison Auriolles représente un lieu singulier, décrit par le clarinettiste voisin Camille Humeau comme « un laboratoire d'idées, de vie, d'accueil et de réflexion sur le vivre ensemble, le mieux vivre en société ». Sans site Internet, absent des réseaux sociaux et indépendant des subventions publiques, cette demeure gérée par une association du même nom incarnait la vision de Luc de Bernis.

Le propriétaire refusait d'ailleurs ce titre, se plaçant d'égal à égal avec les résidents et refusant toute contrepartie financière. Quatre résidents artistes, tous anciens colocataires du docteur, s'attacheront désormais à pérenniser l'esprit qu'il a insufflé à ce lieu.

Une passion profonde pour les arts vivants

Fou de théâtre depuis ses jeunes années à Grenoble où il travaillait avec une compagnie professionnelle, Luc de Bernis endossait naturellement un rôle de mécène culturel. Grand amateur de poésie et d'arts plastiques, spectateur fidèle du festival de théâtre de Villeréal, il n'hésitait pas à faire des allers-retours à Paris uniquement pour assister à une pièce.

Il était également à l'initiative de tournées théâtrales en Lot-et-Garonne pour apporter la culture dans les zones moins desservies, et avait créé Lectures nomades, des séances littéraires qui se tenaient dans divers lieux culturels de la région. Anne-Marie Frias, comédienne et fondatrice de la Cabane, se souvient : « Il animait ces rendez-vous avec beaucoup de cœur et d'humanité, avec respect et attention pour chacun ».

Un projet inachevé et un héritage durable

Parmi ses nombreux projets, Luc de Bernis envisageait de créer localement un événement dédié au Rwanda, projet qui restera malheureusement inachevé. Homme cultivé, « ouvert aux autres et au monde » selon ceux qui l'ont connu, il sera incinéré à Montpellier avant qu'une cérémonie intime ne soit organisée en sa mémoire à Bias, dans le Lot-et-Garonne qui l'avait vu revenir sur ses terres familiales.

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Son parcours, bien que méconnu du grand public, illustre remarquablement comment un engagement médical humaniste peut s'articuler avec une passion profonde pour la culture et les arts, créant ainsi un héritage multidimensionnel qui continuera d'inspirer bien au-delà de sa disparition.