L'Aapiq de La Rochelle au bord de la liquidation après l'échec de sa restructuration
Le centre social du Petit-Marseille à La Rochelle, géré par l'Association d'Animation Populaire Inter-Quartiers (Aapiq), vit ses dernières semaines d'existence. Après un an de redressement judiciaire prononcé le 18 février 2025, l'administrateur judiciaire a décidé le 11 février de ne pas défendre la poursuite d'activité devant le tribunal, préférant lancer un appel à repreneur jusqu'au 31 mars. Sans candidat, la structure vieille de près de 50 ans sera liquidée.
Une restructuration insuffisante face à des tensions internes persistantes
Malgré une première restructuration en février 2025 comprenant la fermeture du pôle de formation, la suppression de six postes et le recrutement d'une nouvelle directrice, la situation n'a pu être sauvée. La dette s'élève à 350 000 euros, alimentée par la revalorisation nationale des salaires des travailleurs sociaux et les frais de procédures prud'homales.
Anne-Catherine Dupré, la directrice recrutée il y a six mois, témoigne d'une ambiance délétère : « Je n'ai jamais vu une telle pression, c'est une chasse à l'homme. Certains salariés n'acceptent pas qu'on leur demande de faire autrement, tout cela se traduit par de la violence ». Elle a démissionné et quittera son poste le 2 mars, précipitant la décision de l'administrateur judiciaire.
Un conflit profond entre direction et salariés
Les 33 salariés dénoncent un « management toxique » et l'absence de dialogue avec le conseil d'administration. « Le CA ne nous a pas écoutés, il nous a méprisés alors qu'on a l'expérience de ce centre social », affirment-ils. Ils proposaient de baisser leurs heures et de confier la direction aux responsables de pôle sans recruter de nouvelle directrice, mais leurs suggestions n'ont pas été retenues.
Josiane Sauzereau, la présidente, reconnaît les limites du bureau de bénévoles : « Notre bureau n'était pas préparé à mener une restructuration, on ne connaît pas tout ça. C'est un choc, un deuil, on voulait s'en sortir mais on a perdu ».
Des conséquences sociales majeures pour le quartier
La fermeture de l'Aapiq priverait le quartier du Petit-Marseille, classé Politique de la Ville, de services essentiels : centre de loisirs, crèche, insertion des familles, accompagnement des gens du voyage et prévention jeunesse.
Isabelle Gireaud, adjointe aux affaires sociales de La Rochelle, promet une solution : « Il est inimaginable que ce centre social meure. S'il n'y a pas de repreneur, les partenaires réfléchiront à la remise en place d'une autre structure ». La Ville pourrait notamment reprendre la Maison France services, le programme de réussite éducative et les activités de la pause méridienne.
Une décision judiciaire attendue le 11 mars
Le tribunal de La Rochelle scellera le sort définitif de l'Aapiq le 11 mars prochain. Après dix ans de tourmente marqués par la succession de six directeurs, des vacances de postes, des arrêts maladie et des conflits internes chroniques, l'association semble avoir épuisé toutes ses chances de survie.
Les partenaires institutionnels (CAF, Ville, Agglomération, Département) n'avaient pourtant pas baissé leurs subventions, mais les difficultés structurelles et relationnelles se sont avérées insurmontables pour cette institution historique du tissu social rochelais.



