Un descendant d'armateurs négriers présente des excuses historiques à Nantes
Ce samedi 18 avril 2026, dans le port de Nantes, un événement historique s'est déroulé en marge de l'inauguration du Mât de la fraternité et de la mémoire. Pierre Guillon de Princé, descendant d'une famille d'armateurs négriers nantais, a publiquement présenté ses excuses pour les actes commis par ses ancêtres au XVIIIe siècle. Une première en France, selon le quotidien Ouest France présent sur place.
Une cérémonie chargée d'émotion et de symboles
Le Mât de la Fraternité et de la Mémoire s'élève désormais sur le Parc des Chantiers de Nantes. Cette structure commémorative, portée par Dieudonné Boutrin, Pierre Guillon de Princé et la Coque Nomade Fraternité, vise à perpétuer la mémoire des victimes de l'esclavage. « Pour moi, c'est un soulagement de pouvoir présenter mes excuses pour les actes de mes ancêtres », a déclaré l'octogénaire devant un public attentif.
Des excuses adressées au peuple haïtien
Pierre Guillon de Princé s'est adressé directement à M. Louino Volcy, ambassadeur d'Haïti en France, représentant du peuple haïtien. Il a nommé ses ancêtres impliqués dans le commerce triangulaire : Daniel Jean Guillon (1720-1799) et Jean-Baptiste Christophe Guillon (1745-1811). Ces derniers possédaient des plantations à Saint-Domingue et armaient des navires négriers entre Nantes et les Antilles.
Entre 1766 et 1789, ils ont armé six navires pratiquant la traite atlantique, avec 18 départs de Nantes qui ont arraché environ 4 500 captifs de leur terre africaine. Plus de 200 personnes ont péri durant ces traversées maritimes. « Ces actes sont reconnus comme crimes contre l'humanité depuis la loi Taubira en 2001 », a rappelé Pierre Guillon de Princé.
Un engagement concret pour la justice réparatrice
Le descendant d'armateurs négriers a souligné l'importance de ses échanges avec Dieudonné Boutrin, descendant d'esclave et président de l'association la Coque Nomade-Fraternité. « Cette rencontre m'a permis de concrétiser mon désir d'agir pour une justice réparatrice face au racisme et aux discriminations contemporaines », a-t-il affirmé.
Il a présenté ses excuses à l'ensemble des communautés caribéennes, avec une attention particulière pour le peuple haïtien, « doublement agressé par l'esclavage et par la dette injuste qui lui a été imposée ». Pour soutenir cette démarche, il a annoncé un don de 5 000 euros à Haïti Futur, ainsi qu'un prélèvement automatique périodique pour développer l'éducation et l'entreprenariat en Haïti.
Un contexte historique rappelé
Au XVIIIe siècle, Nantes était le premier port négrier de France, devant Bordeaux. La ville continue aujourd'hui de regarder son passé en face à travers des initiatives mémorielles comme le Mât de la Fraternité. Pierre Guillon de Princé a précisé que son geste était « très symbolique », ajoutant qu'il ne bénéficiait d'aucun héritage financier de ses ancêtres, les événements historiques ayant conduit à leur ruine.
Cette démarche inédite en France ouvre une nouvelle page dans le travail de mémoire autour de l'esclavage et ses conséquences contemporaines. Elle montre comment des descendants peuvent s'engager activement pour la reconnaissance des crimes du passé et la construction d'un avenir plus juste.



