Saint-Émilion en proie aux tensions entre tourisme et vie locale
La pression touristique croissante complique considérablement la résidence à l'année dans le village emblématique de Saint-Émilion. Le débat électoral s'organise principalement entre la liste du maire sortant Bernard Lauret, « Agir ensemble pour Saint-Émilion », et celle menée par Madina Querre et Franck Jouenne, « Vivons Saint-Émilion et décidons ensemble », qui rassemble les oppositions. La question centrale reste : comment accueillir plus d'un million de visiteurs chaque année sans dégrader la qualité de vie des habitants ?
La désertification du centre historique
Le phénomène s'avère particulièrement prégnant dans le centre médiéval, où la population décline régulièrement. Bernard Lauret estime que « moins de 200 personnes y vivent », tandis que Madina Querre et Line Marchand affirment qu'elles ne seraient « qu'entre 50 et 60 ». Pour ces dernières, la situation s'est intensifiée « ces dix-huit derniers mois », menaçant ainsi le phare patrimonial du grand Libournais.
Le maire sortant constate une situation dégradée : « La baisse de population est aggravée par le nombre de Airbnb qui se sont déclarés. Mais d'autre part, le monde viticole traverse actuellement une crise importante et a besoin de développer son activité d'œnotourisme. » Il insiste sur la nécessité d'un « vivre ensemble » harmonieux, alors que « de plus en plus de châteaux sont repris par des investisseurs qui ne vivent pas sur place ».
Les propositions des candidats
Bernard Lauret a doté la commune d'outils juridiques pour réguler le phénomène, mais reconnaît les limites : « Nous avons peu de zones à ouvrir à l'urbanisation. Et nous sommes dans un territoire inscrit au Patrimoine mondial de l'humanité. » Sa liste propose notamment la rénovation du parc Guadet et la sécurisation des axes départementaux.
De leur côté, Madina Querre et Line Blanchard font remonter « les attentes des riverains » recueillies en porte-à-porte : stationnement, sécurisation des axes routiers, espaces verts et îlots de fraîcheur. Leur programme inclut :
- Une organisation des flux touristiques
- Une amélioration de la signalétique intra muros et à l'extérieur
- Une meilleure information sur la programmation culturelle
- La protection de l'habitat pour les résidents longue durée via les outils de la loi Le Meur de 2024
- Une réflexion sur le logement des saisonniers en lien avec la Communauté de communes
Le projet controversé du CIAP au Logis de Malet
La question de l'aménagement d'un Centre d'interprétation de l'architecture et du patrimoine (CIAP) au Logis de Malet divise profondément les deux listes. Pour Bernard Lauret, c'est « un outil dont disposent beaucoup de villes inscrites au patrimoine de l'humanité » permettant de « transmettre des valeurs patrimoniales ».
Madina Querre et Line Blanchard soulèvent des objections majeures : « Les collections ont un statut Musée de France depuis les années 1950, on ne peut pas faire ce qu'on veut. Obtenir ce statut pour le musée est une mécanique extrêmement compliquée. » Elles pointent également les dérapages financiers : « 4,5 millions pour un projet annoncé à 1,5 million », sans oublier « la problématique des carrières à consolider ».
Les deux listes organisent des réunions publiques pour présenter leurs propositions : « Vivons Saint-Émilion et décidons ensemble » le jeudi 12 mars de 18h30 à 21h30, et « Agir ensemble pour Saint-Émilion » le vendredi 13 mars à 18h30, toutes deux dans la salle Gothique, rue Guadet.



