Périphérique ou rocade : le grand mystère des appellations routières françaises
Pourquoi dit-on « Je suis bloqué sur le périph » quand on habite à Paris, mais « la rocade est à l'arrêt » si on est à Bordeaux ? Est-ce là un simple choix de langage ou y a-t-il une différence réelle entre ces deux aménagements routiers qui encerclent la plupart des villes françaises ? Sans doute un peu des deux. Pour vous, nous avons percé le mystère entourant ces deux appellations bien distinctes, qui décrivent pourtant plus ou moins la même chose.
La définition exacte pour les départager
Qu'on les appelle périphérique ou rocade, ces voies ont le même rôle fondamental : permettre aux automobilistes d'éviter une agglomération en contournant le centre-ville. Dans les années 1970, 1980 et 1990, bon nombre de grandes villes françaises ont choisi d'adopter ces aménagements coûteux pour tenter de réguler un trafic routier en pleine explosion. Des dizaines d'années plus tard, le boulevard périphérique est devenu indispensable mais aussi synonyme d'embouteillages chroniques.
La différence entre les deux est assez menue. « Je pense que ça diffère d'une ville à l'autre. Mais j'avoue, je ne sais même pas pourquoi », reconnaît même un professionnel de l'aménagement routier. Pour faire court, on peut décrire le périphérique comme un anneau ou une boucle complète qui encercle entièrement la ville. « La notion de rocade sous-entend un contournement d'agglomération, sans nécessairement en faire le tour complet. La notion de périphérique sous-entend plus directement la notion de boucle », explique la Direction interrégionale des routes de l'Ouest, qui supervise 1.500 kilomètres de routes en Bretagne et Pays-de-la-Loire.
Dans le Code de la route, aucune distinction formelle
Dans le Code de la route, rien ne différencie véritablement la rocade du périphérique, qui partagent d'ailleurs le même panneau de signalisation. Les mêmes règles s'y appliquent strictement. En tant que routes à chaussées séparées, elles sont à sens unique et doivent être équipées de glissières de sécurité. Elles sont interdites à certains usagers vulnérables comme les piétons, les cyclistes ou les cyclomoteurs pour des raisons évidentes de sécurité.
Alors, où parle-t-on spécifiquement de périphérique ?
« Pour moi, le périph, c'est parisien. La rocade, c'est un truc de province », affirmait un ami Francilien. Sauf que cette affirmation ne tient pas la route. Oui, à Paris, on parle effectivement de périphérique. Mais c'est aussi le cas dans d'autres villes importantes : Lyon, Caen et parfois même Toulouse, où la pratique semble partagée entre les deux termes. « J'ai toujours pensé qu'on l'appelait rocade à cause de sa taille modeste », reconnaît Lucie, qui habite la ville rose de Toulouse.
Mais il y a des situations plus complexes. À Nantes, tout le monde parle de périphérique… alors que pendant de longues années, l'anneau n'en était pas vraiment un. « C'est vrai que son aménagement s'est fait de manière progressive, en finissant par l'ouest et le pont de Cheviré », reconnaît la Direction interrégionale des routes de l'Ouest. Mais l'anneau étant désormais complet, on peut donc laisser les Nantais avec leur périphérique sans complexe.
La passion des Bordelais pour leur rocade
À Bordeaux, la situation est claire : tu n'empruntes pas le périphérique ! Non, non, non, ici c'est la ROCADE ! Cette affirmation ferme montre à quel point l'appellation est ancrée dans l'identité locale. Sur le forum des Sites amoureux des routes et autoroutes (oui, ça existe vraiment), un internaute passionné estime que la différence « peut se trouver dans l'usage local du terme qui sert à les désigner ». Ce spécialiste laisse entendre que ce sont souvent les élus des villes concernées qui ont baptisé cet équipement au moment de « vendre » leur projet aux habitants, créant ainsi des traditions linguistiques durables.
Chaque boulevard périphérique a ses particularités uniques
Chaque boulevard périphérique possède aussi ses propres caractéristiques, notamment en ce qui concerne la limitation de vitesse et l'aménagement. À Aix-en-Provence, par exemple, « on parle de périph alors qu'il y a des feux tricolores partout », raconte Alexandre. Lui qui a habité Lyon, là où il y a « un vrai périph » avec des caractéristiques autoroutières, s'en est toujours amusé. Ces différences pratiques contribuent à la variété des appellations selon les régions.
Et qui préfère résolument le terme de rocade ?
À Avignon, à Saint-Brieuc, à Riom, au Mans et dans bien d'autres villes de taille moyenne, on parle systématiquement de rocade. Mais les deux grandes métropoles qui préfèrent clairement parler de rocade sont Rennes et Bordeaux. Pour ces deux métropoles de l'ouest français, la raison de cette appellation est historiquement simple. Pendant des décennies, elles n'ont pas été complètement encerclées, se contentant de tronçons de contournement partiels.
« Plusieurs rocades ont été progressivement aménagées par phases successives. Aujourd'hui, c'est peut-être le mot périphérique qui serait le plus adapté au cas de Rennes », reconnaît la Direction des routes de l'Ouest, avant de se lancer dans une hypothèse intéressante. « On peut supposer que malgré cet aménagement par étapes et ces appellations découpées géographiquement, il y a eu assez tôt une volonté politique de boucler - à terme - les rocades pour en faire une ceinture continue et complète ».
Les exceptions notables qui confirment la règle
Il y a aussi des villes importantes dans lesquelles il n'y a ni l'un ni l'autre au sens strict. À Marseille, il n'y a pas de périphérique, « car on ne peut pas en faire le tour complet de la ville », explique un local connaisseur. Il y a bien un boulevard urbain que l'on appelle officiellement « rocade du Jarret ». Mais dans la cité phocéenne, personne n'utilise vraiment le terme rocade, tout le monde préférant l'appeler simplement « le Jarret », montrant comment les usages locaux transcendent parfois les catégories officielles.
Faut-il changer de nom pour plus de cohérence ?
Maintenant que l'on sait que plusieurs rocades sont progressivement devenues des périphériques complets, faut-il changer leur appellation pour coller strictement à leur définition technique actuelle ? « Les habitudes linguistiques ont été prises il y a plusieurs décennies et sont profondément ancrées. Un changement d'appellation n'aurait de toute façon pas de conséquence juridique ou pratique significative », rappelle sagement la Direction des routes de l'Ouest. La langue française, comme les routes qu'elle décrit, suit souvent ses propres chemins sinueux.



