Parkings français en crise : la norme de 1994 ne suit plus l'embonpoint des voitures
Les témoignages de conducteurs exaspérés par les difficultés de stationnement dans les parkings publics et privés se multiplient en France. Une mère de famille strasbourgeoise s'indigne : « Chaque fois, je regrette d'être venue me garer dans ce parking. Je peux à peine ouvrir la portière, il vaut mieux ne pas être enceinte ! » Un autre automobiliste confirme : « Quand je me gare dans un parking, j'ai tous les capteurs qui se mettent à sonner, c'est stressant. » Un dernier déplore : « C'est presque impossible pour ne pas toucher un poteau. »
Des véhicules qui ont pris de l'embonpoint
Cette situation semble logique à première vue. Avec des voitures dont les dimensions augmentent aussi rapidement que leur prix, le stationnement en 2026 devient un véritable casse-tête. Entre les SUV mastodontes et les nouvelles citadines XXL, c'est l'ensemble des véhicules qui ont pris de l'embonpoint. Jean Laurent Dirx, président de la Fédération nationale des métiers du stationnement (FNMS), explique : « On parle toujours des SUV, mais en réalité, quand on regarde dans le temps, il y a eu plusieurs phases dans l'évolution de la taille des véhicules, la largeur notamment. Celle-ci est en partie liée aux équipements de sécurité des véhicules. Pour une petite Clio en 1994, son équivalent aujourd'hui a pu prendre 20 cm de largeur. »
Une norme obsolète depuis 1994
Actuellement, la norme qui régit les places de parking public en France date de 1994, et de nombreux parkings ont été construits avant cette date. Cette norme indique une largeur de 2,30 mètres, alors que la largeur moyenne des véhicules aujourd'hui peut atteindre 1,85 m à 1,95 m, hors rétroviseurs. Dans ces conditions, ouvrir sa portière devient un défi. Jean Laurent Dirx précise : « Cette norme n'est pas obligatoire, mais sert de guide encore aujourd'hui. C'est la référence lorsqu'un maître d'ouvrage demande la création d'un parking, que ce soit privé ou public. Elle sert aux architectes et aux constructeurs, qui la connaissent même si certains se sont dégagés de la norme parce que les places étaient jugées trop petites. »
Face à ce constat, il est désormais recommandé aux concepteurs d'aires de stationnement de prévoir 2,50 mètres de largeur par place, et même plus en présence d'obstacles comme des cloisons ou des murs.
Problèmes dans les parkings privés aussi
Si les places ne sont pas adaptées dans les parkings publics, c'est également le cas dans les propriétés privées. Axel, la quarantaine, témoigne : « Chaque fois que j'essaye de prendre ma voiture, c'est une prise de tête. » Il accuse son voisin, qui a opté pour un gros modèle : « C'est l'enfer à chaque fois. Il me colle et je ne peux même pas rentrer dans ma voiture. J'ai déjà dû passer par le hayon arrière ! » Ce quadragénaire est stationné dans une résidence privée construite dans les années 1980.
Une concertation pour moderniser la norme
Alors que certains automobilistes sont fatalistes, comme Gilles qui sourit en racontant comment il doit « rentrer le ventre » pour entrer ou sortir de son SUV, d'autres appellent à une réforme. Jean Laurent Dirx, président de la FNMS, participe à une vaste concertation impliquant promoteurs immobiliers, professionnels du stationnement, constructeurs, collectivités et architectes. Ces réflexions, menées depuis fin 2024 au sein de l'Association Française de normalisation (AFNOR), visent à élaborer de nouvelles normes volontaires.
« Pour l'instant, nous discutons sur le fait d'élargir les places de parkings publics, en tenant compte bien sûr de l'évolution des voitures qui ne devraient pas prendre de l'embonpoint indéfiniment. Il y a même une tendance aux petites voitures », explique Jean Laurent Dirx. « Mais aussi de revoir des choses qui n'étaient pas forcément intégrées dans la norme de 1994, notamment les nouvelles mobilités motorisées, les voies de circulation, des rampes et les travées d'accès, les entrées, les accès vélos. Prendre en compte des nouveaux usages que l'on peut avoir dans les parkings et que l'on ne se retrouve pas à l'avenir avec des places trop petites mais qui répondent mieux aux véhicules d'aujourd'hui. » Le résultat de cette concertation est espéré au cours de l'année 2026.



