Paris : le parcours en vélo d'Emmanuel Grégoire révèle une capitale fracturée
Paris : le vélo d'Emmanuel Grégoire révèle une capitale fracturée

Le parcours en vélo d'Emmanuel Grégoire révèle les deux visages de Paris

Dimanche soir, pour l'image, Emmanuel Grégoire a choisi le vélo. Depuis Stalingrad jusqu'à l'Hôtel de Ville, le maire élu a traversé une partie de Paris en suivant un GPS accordé à la sociologie socialiste. L'itinéraire longeait le canal Saint-Martin, empruntait les quartiers où la bourgeoisie bohème vote volontiers pour la gauche et offrait aux caméras l'image flatteuse d'un Paris apaisé, piétonnisé, aux cafés fréquentés et à la mobilité douce.

Un autre parcours aurait montré une réalité différente

Certes, c'était le trajet le plus naturel, mais ce n'était pas le seul. Un GPS réglé sur les difficultés réelles de la capitale aurait suggéré un autre chemin. La capitale est de plus en plus travaillée par une logique de dissociation. D'un côté, des quartiers centraux gagnants avec des ménages à fort capital culturel. De l'autre, des zones où se concentrent la précarité, l'immigration clandestine, l'économie informelle et la fatigue des classes populaires et des petites classes moyennes.

Depuis la place de la Bataille-de-Stalingrad, Emmanuel Grégoire aurait donc pu suivre le boulevard de la Villette sous le métro aérien. Le décor aurait alors brusquement changé. À l'entrée du boulevard, les caméras auraient saisi l'alignement des tentes, occupées par des migrants livrés à eux-mêmes. Dans la fraîcheur du soir, des braseros improvisés réchauffent de jeunes hommes sans ressources. Autour d'eux, de nombreux toxicomanes cherchent à rassembler quelques euros pour se fournir en crack.

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L'abandon de l'État et de la municipalité dans les quartiers populaires

Plus loin, sur le terre-plein du boulevard de la Chapelle, d'autres campements et d'autres vies égarées. À proximité de la rue Max-Dormoy, le commerce de cigarettes de contrebande et les règlements de compte se tiennent au grand jour, sous le regard lassé de commerçants et de riverains. Beaucoup des habitants de ces quartiers populaires vivent comme une double peine cet abandon de l'État et de la municipalité.

À Barbès, la même impression persiste. La gentrification n'a pas totalement effacé les désordres. Les vendeurs à la sauvette et les toxicomanes composent une partie du paysage. En poursuivant vers le boulevard de Magenta, Grégoire aurait offert le spectacle d'un Paris saturé par les flux automobiles continus, le bruit, la pollution, la chaussée redessinée jusqu'à l'absurde. L'espace y est comme bricolé, au prix d'une usure quotidienne pour ceux qui y vivent.

Des espaces publics peu hospitaliers

À République, les caméras de télévision auraient montré une vaste esplanade minérale que la Mairie tient pour moderne. Une place bétonnée, peu hospitalière, souvent livrée aux rassemblements, loin des promesses d'un espace apaisé. On y célèbre un lieu de rencontres, mais on y constate souvent de l'indifférence ou de l'insécurité.

En remontant sur la droite la rue Turbigo puis Beaubourg, on entre dans un espace bourgeois, culturellement plus proche de New York que du Paris de toujours. Les terrasses sont pleines, les rues animées, mais les immeubles comme inhabités. Le téléspectateur aurait constaté la disparition des commerces ordinaires, le recul des familles, l'effacement des personnes âgées, au profit d'une population mobile et diplômée, de résidents temporaires et de locataires Airbnb. Le peuple ? Nulle part.

Enfin, arrivé sur le parvis végétalisé de l'Hôtel de Ville, au milieu de cette scénographie écolo où les détritus jonchent le pied des arbres, Emmanuel Grégoire aurait retrouvé son bureau au-dessus de la rue de Rivoli. En contrebas, le ballet incessant des vélos et leurs sonnettes auraient tenu lieu de fanfare victorieuse pour un parcours qui, finalement, n'aura montré qu'une partie de la réalité parisienne.

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