À Nontron, en Périgord vert, le problème de la fragilité du sous-sol, au-dessus du cours d'eau du Rino qui collecte les eaux pluviales, refait surface à la faveur de la publication d'un rapport alarmant. « Quand il pleut, j'entends des bruits sous ma maison, je croyais que c'étaient des rats », témoigne Yvette Tafani-Avenel. Maintenant qu'elle sait que ces sons proviennent du cours d'eau souterrain du Rino, cette ancienne juriste n'est pas rassurée pour autant. À l'achat de sa maison rue Chabanneau à Nontron, il y a cinq ans, elle n'a pas été informée qu'en dessous passait le Rino. L'état de la voûte en pierres, qui sépare le cours d'eau de la chaussée, crée l'inquiétude dans cette commune du Périgord vert.
Des riverains inquiets
En début d'année, un message glissé dans sa boîte aux lettres avertit Yvette du passage des services techniques, venant vérifier la solidité de l'ouvrage. « Dans le quartier, on a commencé à parler des risques d'effondrement et à s'interroger. Est-ce que c'est pour cela que la vitesse est limitée à 20 km/h ? Est-ce qu'on peut faire des travaux sans que nos murs nous tombent sur la tête ? », interroge-t-elle. Ayant acheté il y a cinq ans une demeure dans la rue Camille-Chabanneau, Yvette demande qu'une estimation des risques soit faite maison par maison.
Flavien Hugault, un des deux salariés de l'association La Sauce paysanne, ne doute pas que l'état du sous-sol de la place du Canton ne permet pas les travaux. Son association avait prévu de lancer, mi-mai, un chantier de restauration de son local où devait s'ouvrir une cantine solidaire. « Ça ne se fera pas. À la réunion d'information de la Mairie, on a compris qu'il valait mieux ne pas casser des murs au marteau-piqueur. » L'association cherche un nouveau point de chute.
Fermeture partielle de la place du Canton
Depuis avril, la place du Canton est partiellement fermée. Des barrières ont été installées pour empêcher le passage à certains endroits. Un arrêté de la préfecture signale que seul « le passage des mobilités non motorisées » est autorisé sur la place. À certains endroits, les riverains seulement peuvent circuler et plusieurs rues sont interdites aux 3,5 tonnes au prétexte d'un « désordre sous la place du Canton » et d'une situation qui « présente un danger pour la sécurité des biens et des personnes ». Des formules laconiques qui inquiètent la population et alimentent les rumeurs. Les agents immobiliers de la ville doivent répondre aux questions de potentiels acquéreurs dans le quartier historique de Nontron.
« Nous sommes dans l'expectative », soupire Cédric Salat, de l'agence immobilière Brun-Salat qui gère deux biens sous compromis de vente dans la proximité immédiate de la place du Canton. « Un couple d'acquéreurs a assisté à la réunion de la Mairie pour entendre ce qui se disait. Ils ne savent pas sur quel pied danser et nous non plus. » L'agent immobilier se rassure : « On n'a aucun signe d'une dégradation de l'état des bâtiments : pas de fissures, ni d'éboulement. Il n'y a pas de raison objective d'être alarmiste. D'un autre côté, on ne veut pas être trop légers. »
« Carence d'informations »
Plusieurs maisons sont à vendre dans ce quartier historique de Nontron, « le plus ancien de la ville », selon Jean Lalanne qui y habite depuis quarante ans. Sur l'histoire de son quartier, où au Moyen Âge étaient installées plusieurs tanneries qui utilisaient l'eau du Rino pour leur activité, l'homme est incollable. Il vient d'ailleurs de rejoindre le groupe qui va travailler sur la question du cours d'eau, dans le cadre d'un comité de pilotage mené par le sous-préfet de Nontron.
Pour pallier « la carence d'informations des riverains » qui a prévalu jusqu'alors, il compile celles tirées des différents rapports réalisés sur le sujet, dont le dernier a été présenté lors de la réunion publique. C'est en 2012, selon lui, que les premiers signes de fragilité de la voûte sont constatés. Des étais sont installés. « C'était une solution temporaire pour tenir la voûte le temps que des travaux soient faits. Or ils sont toujours là. »
En juin 2012, un léger effondrement de la voûte devant la chambre d'hôtes La Quinta relance l'inquiétude des élus, « mais le montant des travaux est jugé trop élevé pour une commune comme Nontron », explique-t-il, ayant lui-même été élu municipal de 2014 à 2020. Entre-temps, des travaux ont été entrepris pour résoudre une partie du problème, à savoir les inondations à répétition provoquées par le Rino. Un bassin de régulation des crues est construit, juste devant le bâtiment destiné à l'accueil des élèves de l'École nationale supérieure des arts décoratifs (Ensad) qui a son antenne à Nontron. « Avant, il paraît qu'il y avait une véritable forêt là », précise Pierre Ligneul, élève en master. Lui aussi se pose des questions. « Un jour, j'ai voulu discuter du Rino avec une élue, mais elle s'est emportée et j'ai compris qu'elle ne souhaitait pas aborder ce sujet. » Le Rino et ses fragilités : un secret de famille à l'échelle d'une commune dont les habitants ne veulent plus.



