Une époque qui fait écho à la Renaissance italienne
Pour le constitutionnaliste Dominique Rousseau, chroniqueur de l'espace Lignes ouvertes du Midi Libre, la période contemporaine présente des similitudes frappantes avec le quattrocento, cette ère de la première mondialisation et des grandes découvertes qui marqua la transition entre le Moyen-Âge et l'époque moderne. Selon son analyse, l'avenir appartient désormais aux villes, plus qu'aux départements, aux régions, et même qu'aux États-nations traditionnels.
Les grandes découvertes d'aujourd'hui
Comme à la Renaissance, notre époque connaît ses propres « grandes découvertes » :
- La découverte d'Internet, qui permet de diffuser les connaissances à l'échelle planétaire, tout comme l'imprimerie l'avait fait en son temps
- La découverte de la mondialisation et de ses impacts sur les ressources naturelles et l'environnement, rappelant les premiers échanges commerciaux entre l'Ancien et le Nouveau Monde
- La découverte que la Terre n'est pas le centre de l'univers, tout comme on avait découvert qu'elle n'était pas plate et ne se limitait pas au continent européen
Les villes, centres névralgiques du pouvoir
Durant le quattrocento, les villes constituaient déjà les principaux centres politiques, économiques et culturels de l'Europe. Venise, Milan, Bologne, Florence, Genève et Anvers fonctionnaient comme des Cités-États ou des Républiques où se façonnait la politique. Cette configuration historique trouve aujourd'hui un écho remarquable dans la montée en puissance des métropoles contemporaines.
L'héritage communal et la refondation démocratique
En France, la Commune de Paris (18 mars - 28 mai 1871) avait déjà tenté d'instaurer un système politique fondé sur la commune, définie comme une communauté de citoyens libres et autonomes. Le comité central de la Commune déclarait le 25 mars 1871 : « En donnant à votre ville une forte organisation communale, vous y jetterez les premières assises de votre droit, indestructible base de vos institutions républicaines ».
Bien que la Commune ait été vaincue militairement, l'idée communale n'a pas disparu. Elle resurgit aujourd'hui alors que de nombreux citoyens se sentent impuissants face aux pouvoirs nationaux mais manifestent un intérêt croissant pour le « local », comme en témoignent la multiplication des comités de quartier, des services d'échanges locaux et le succès des listes « citoyennes » aux élections municipales.
Le réseau mondial des grandes villes
Clin d'œil historique au quattrocento, un réseau mondial des grandes villes a été créé en 2007 par le maire de Londres. Cette initiative fédère les actions des grandes métropoles qui représentent désormais 600 millions d'habitants et 25% du PIB mondial.
Son objectif principal : mettre en œuvre des politiques publiques ambitieuses en matière de sobriété énergétique, d'inclusion sociale, de développement des transports publics et de lutte contre le réchauffement climatique, à un moment où de nombreux États hésitent ou reculent sur ces questions cruciales.
Les défis contemporains des métropoles
Dans ce contexte de seconde mondialisation, les villes sont (re)devenues des centres de bouillonnement culturel, d'innovation, de recherche et d'économie à haute valeur ajoutée. Mais elles doivent également faire face à des défis majeurs :
- La gestion du trafic et des mobilités
- L'accueil des populations et l'intégration sociale
- La réduction des émissions de gaz à effet de serre
- La préservation des ressources naturelles
Par leur proximité avec ces problèmes concrets, les citoyens locaux manifestent une volonté croissante de se mobiliser pour peser sur les décisions qui affectent leur quotidien.
La vision de Tocqueville plus actuelle que jamais
Alexis de Tocqueville avait déjà perçu l'importance cruciale de la décentralisation pour la vitalité démocratique. Il écrivait : « C'est dans la commune que réside la force des peuples libres. Sans les institutions communales, une nation peut se donner un gouvernement libre, mais elle n'a pas l'esprit de la liberté ».
Cette analyse visionnaire trouve aujourd'hui une résonance particulière alors que les villes redeviennent, comme à la Renaissance, les laboratoires où se réinventent la citoyenneté et la démocratie à l'ère de la mondialisation.



