Cabanisation dans l'Hérault et le Gard : des quartiers entiers poussent en zones protégées
Dans les départements de l'Hérault et du Gard, le phénomène de cabanisation prend une ampleur inquiétante. Des habitations illégales se multiplient dans des zones naturelles soumises à des risques d'incendie et d'inondation, créant de véritables quartiers sauvages qui échappent à toute réglementation urbanistique.
Des installations sauvages qui se transforment en quartiers
Aux limites des communes de Montbazin, Poussan et Villeveyrac, entre Montpellier et Sète, le paysage de la garrigue se transforme radicalement. Là où ne poussaient que des chênes verts et du thym, on découvre désormais des alignements de boîtes aux lettres, des murs de briques mal finis, des barbelés et une végétation touffue qui masque des constructions réalisées à la hâte.
"Ce sont de véritables quartiers qui ont poussé", déplore un riverain qui observe la prolifération continue de ces installations. Ces habitations sauvages sont souvent équipées de branchements électriques clandestins et alimentées en eau par des forages illicites dans les nappes phréatiques.
Un phénomène qui touche aussi le littoral
Le phénomène ne se limite pas à l'arrière-pays. Les zones littorales, particulièrement prisées, sont également concernées. À Marseillan, au bord de l'étang de Thau, ou à Bessan et Vias plus près de la mer, des constructions illégales s'immiscent dans le paysage.
Dans un enchevêtrement de maisons où la numérotation semble aléatoire, Marilyne (prénom d'emprunt) nettoie sa petite piscine hors-sol derrière sa palissade. "On ne peut plus rien faire, ni s'agrandir, ni mettre des volets... Tant que vous ne voulez pas vendre, on est tranquille", confie-t-elle, précisant que sa maison est cadastrée. Une situation qui ne change pourtant rien à son illégalité, car figurer au cadastre ne dispense pas d'avoir besoin d'un permis de construire.
Des profils variés de "cabaniers"
Les habitants de ces constructions illégales présentent des profils divers. On y trouve des retraités aux revenus modestes, des gens du voyage sédentarisés, des précaires marginalisés qui s'accommodent de conditions spartiates, et des personnes âgées attirées par la vie au soleil.
"Nous avons beaucoup de retraités avec de petits salaires, qui ne peuvent pas se payer un loyer à l'année", explique François, un habitant qui défend ce qu'il considère comme un art de vivre. "C'est notre petit paradis et ça fait des années qu'on est là. Ils ont laissé tout faire et puis un jour, c'est interdit, il faut tout enlever".
Le business des "terrains de loisirs"
Derrière ce phénomène se cache un véritable business. Sur internet, des dizaines d'annonces proposent des "terrains de loisirs" en pleine garrigue ou près du littoral. Bien que précisé "non constructible", ces terrains sont vendus à des prix déraisonnables - parfois jusqu'à 100 euros le mètre carré là où ils devraient coûter 100 fois moins cher.
"Ça commence par un barbecue, une piscine gonflable, puis une cabane et on coule une dalle...", déplore le maire d'un village héraultais durement touché par la cabanisation. Des propriétaires fonciers flairant les bonnes affaires divisent des parcelles agricoles en petits terrains clôturés, alimentés en eau et électricité, permettant à plusieurs personnes de s'y installer.
La réponse judiciaire
Les autorités ne restent pas inactives face à ce phénomène. L'été dernier, le tribunal judiciaire de Béziers a condamné à de fortes amendes 15 personnes impliquées dans ces installations illégales. Une enquête de gendarmerie a établi qu'un individu avait acheté quatre parcelles agricoles qu'il avait divisées en quatre ou sept petits terrains.
Le procureur de Béziers, Raphaël Balland, rappelle avec fermeté : "L'appellation 'terrain de loisirs' n'a aucune valeur juridique et ne donne aucun droit d'installer sur des terres agricoles un quelconque élément d'habitation de type caravane, mobile-home, abri, pergolas ou cuisine d'été".
Un dilemme entre réglementation et réalité sociale
Le phénomène de cabanisation pose un véritable dilemme aux autorités. D'un côté, il s'agit de protéger des zones naturelles sensibles contre les risques d'incendie, d'inondation et de pollution par les eaux usées. De l'autre, il faut composer avec une réalité sociale : celle de personnes qui, faute de moyens, cherchent un toit dans une région où les prix de l'immobilier flambent.
Alors que certaines constructions deviennent prescrites au bout de six ans et ne peuvent plus être détruites, les communes préemptent dès qu'elles le peuvent les terrains concernés. Mais le phénomène continue de s'étendre, transformant peu à peu le paysage de la garrigue méditerranéenne.



