Bordeaux révèle ses secrets urbains : du commerce médiéval à la propreté retrouvée
Bordeaux : secrets urbains du commerce médiéval à la propreté

Un colloque historique révèle les secrets méconnus de l'urbanisme bordelais

L'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux vient de publier les actes d'un colloque passionnant consacré à l'urbanisme de la ville, depuis l'âge du fer jusqu'au premier quart du XXIe siècle. Cet événement, organisé en février 2025, a attiré une foule considérable dans les prestigieux locaux de l'Hôtel des sociétés savantes, place Bardineau.

Des échanges commerciaux dès le VIIe siècle

Contrairement aux idées reçues sur la période post-romaine, Pierre Régaldo-Saint Blancard, président de la Société archéologique de Bordeaux, établit que dès le VIIe siècle, des bateaux accostaient sur les berges de la Garonne pour charger des marchandises vers l'Europe du Nord. « Le niveau du fleuve était de 70 à 80 centimètres au-dessus de celui que nous connaissons aujourd'hui », explique l'historien Jean-Pierre Poussou, coordinateur du colloque.

Ces navires transportaient principalement du vin, mais aussi de l'huile et du pastel pour colorer les tissus, vers les îles britanniques, les Pays-Bas et la Scandinavie. Ce sont ces échanges commerciaux qui expliquent pourquoi tant de familles liées au négoce bordelais portent des noms irlandais ou allemands, comme Barton, Lynch, Schÿler ou Beyerman.

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Une ville bien plus propre en 2026 qu'au Moyen Âge

L'historien Philippe Araguas décrit une situation sanitaire alarmante au XIIIe siècle, où régnait une « puanteur insupportable » le long du Peugue, aujourd'hui devenu le cours Alsace-Lorraine. Ce cours d'eau charriait alors des eaux souillées et infectes, provoquant des épidémies de typhoïde et de dysenterie.

« Pendant l'été, on voyait se multiplier les cas de typhoïde, de dysenterie et de ce que les médecins de l'époque appelaient des 'fièvres épidémiques' », précise Jean-Pierre Poussou. Ces conditions insalubres ont causé la mort de 8 000 personnes sous le Premier Empire avant que des travaux d'assainissement ne soient entrepris sous le Second Empire.

Projets urbanistiques avortés et réalisations différées

Le colloque révèle également plusieurs projets urbanistiques ambitieux qui n'ont jamais vu le jour ou ont été considérablement retardés :

  • Sur la place des Quinconces, la démolition du château Trompette devait s'accompagner de la création d'îlots d'habitation avec des rues portant les noms des États américains insurgés contre l'Angleterre
  • À Mériadeck, l'archevêque Ferdinand-Mériadec de Rohan projetait d'assainir les marécages et de créer 1 200 logements, mais seulement 600 ont été réalisés

L'aménagement complet du quartier Mériadeck n'a finalement été réalisé que deux siècles plus tard, sous les mandats de Jacques Chaban-Delmas.

Les 268 pages de ces actes, disponibles au prix de 25 euros dans les librairies Mollat et La Machine à lire ainsi qu'à l'académie elle-même, offrent un panorama complet de l'évolution urbaine de Bordeaux, révélant une histoire bien plus complexe et riche qu'on ne l'imagine généralement.

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