La voiture, thématique incontournable de la campagne bordelaise
À Bordeaux, alors que s'achève le mandat du maire écologiste Pierre Hurmic, la question automobile demeure plus que jamais un enjeu électoral majeur. Les approches des candidats se cristallisent particulièrement sur le rythme soutenu des aménagements urbains et des suppressions de places de stationnement, transformations qui ne relèvent pas uniquement de la municipalité mais sont également imposées par la législation nationale.
Un bilan écologique contrasté
Pierre Hurmic, maire sortant, se targue régulièrement d'une qualité de l'air retrouvée dans la ville, mettant en avant une baisse de 35% de la pollution au dioxyde d'azote en centre-ville entre 2019 et 2025. Il attribue cette amélioration au développement des mobilités douces. Cependant, cette affirmation est contestée par certains de ses opposants.
Thomas Cazenave, député Renaissance et candidat de la droite et du centre, nuance ce bilan sur le plateau du Grand Oral de TV7 : « Ce qui fait paradoxalement le bilan écologique de Pierre Hurmic, c'est la voiture, les changements de motorisation ». Il rappelle que la tendance baissière des émissions de NO2 est nationale, avec une diminution de 65% depuis 2000, largement attribuable au renouvellement du parc automobile et à l'équipement en pots catalytiques.
Des positions politiques divergentes
Plusieurs candidats, dont certains pourraient être classés à droite de l'échiquier politique, s'emparent de cette thématique sans détour. Philippe Dessertine, candidat « citoyen », affirme avec conviction : « Nous devons nous dire que la voiture à Bordeaux ne peut être interdite ». Pour sa part, Thomas Cazenave propose des moratoires sur la suppression des places de stationnement et sur l'extension du secteur borné, tout en se défendant de prôner un retour au tout-automobile.
Le député Renaissance insiste sur sa vision pragmatique : « Tout le monde ne va pas avoir le même mode de vie demain. La responsabilité d'un maire, c'est de faire une ville pour tous. Je ne veux pas opposer les Bordelais ». Il questionne la possibilité de poursuivre des objectifs de pistes cyclables sécurisées et de trottoirs aménagés sans être trop brutal envers les automobilistes.
L'impact de la loi et des aménagements
Didier Jeanjean, adjoint au maire en charge des quartiers apaisés et soutien de Pierre Hurmic, défend la politique municipale : « Nous n'avons aucun programme de suppression du stationnement ». Selon lui, le principal contingent de suppression de places serait dû à la stricte application de la Loi d'orientation des mobilités (LOM) qui, depuis 2019, impose davantage de visibilité aux abords des passages piétons, avec pour corollaire l'installation d'arceaux vélos.
L'élu écologiste reconnaît cependant certaines suppressions, comme sur le quai des Queyries où 175 places de stationnement ont disparu au profit d'une piste cyclable, ou rue Bonnac où un projet initial prévoyait la suppression de 77 places pour le passage d'une piste du réseau vélo express (ReVe), déclenchant la colère des riverains.
Des exemples concrets de concertation
Didier Jeanjean cite l'exemple de la rue Descartes, près du stade Chaban-Delmas, où en mai 2022 deux scénarios de réfection de la voirie étaient présentés aux résidents. Le premier proposait 20 arbres plantés et 49 places de stationnement, le second 26 arbres et 43 places, contre 54 avant travaux. Après un vote serré (7 voix contre 6), le premier scénario fut choisi, mais finalement, 26 parterres furent aménagés avec 22 arbres plantés.
L'adjoint au maire justifie cette décision : « Le vote était serré, le nombre de riverains présents faible. On s'est dit qu'au vu de l'urgence climatique, on allait appliquer notre programme ». Il n'hésite pas non plus à rappeler les actions de l'ancien maire Alain Juppé : « Il a fait dix fois plus que nous sur ce sujet : les quais, la Victoire, Pey-Berland, Chapeau-Rouge et Clemenceau, Gambetta, Vital-Carles, Fondaudège... ».
Une vision d'avenir partagée
Malgré leurs divergences, les différents acteurs politiques semblent s'accorder sur un point fondamental. Comme le résume Didier Jeanjean : « Personne ne dit qu'il faut une ville sans voiture. Il faut la bonne voiture au bon endroit. La voiture de ceux qui n'ont pas le choix ». Cette nuance témoigne d'une évolution des mentalités où l'automobile n'est plus considérée comme un droit absolu mais comme un mode de déplacement parmi d'autres, à intégrer harmonieusement dans le paysage urbain bordelais.



