Landes : une mesure inédite contre le téléphone au volant porte ses fruits
Dans le département des Landes, une mesure expérimentale de suspension temporaire du permis de conduire en cas d'utilisation du téléphone au volant démontre son efficacité après plusieurs mois d'application. Unique en France, ce dispositif lancé en novembre 2025 a déjà conduit au retrait de 343 permis de conduire, selon les chiffres communiqués par le préfet Gilles Clavreul.
Une réponse à un été 2025 particulièrement meurtrier
Cette initiative fait suite à un été 2025 marqué par une hausse alarmante de la mortalité routière dans les Landes et une explosion des infractions. Les contraventions pour usage du téléphone au volant avaient enregistré une augmentation spectaculaire de 37%, poussant les autorités à réagir avec fermeté. « À ce jour, j'ai retiré 343 permis », annonce le préfet Gilles Clavreul, précisant qu'une centaine de suspensions supplémentaires sont encore en attente de notification.
Le processus administratif explique en partie ce délai : entre la constatation de l'infraction par les forces de l'ordre et la notification officielle par la préfecture, il peut s'écouler jusqu'à un mois, incluant une phase contradictoire de huit jours obligatoire. Malgré cette procédure rigoureuse, le préfet souligne avoir fait preuve d'humanité dans certains cas particuliers, accordant son indulgence à cinq reprises pour des raisons médicales graves ou lorsque la caractérisation de l'infraction présentait un doute.
Un effet ciseau significatif sur les comportements
Avec cinq mois de recul, les premiers résultats sont encourageants. « La mesure fonctionne », certifie Gilles Clavreul, qui observe un phénomène qualifié d'« effet ciseau significatif ». Les forces de l'ordre ont augmenté leurs contrôles de 10% tout en constatant une diminution de 10% des infractions relevées pour usage du téléphone au volant. Cette double tendance suggère une amélioration tangible des comportements des conducteurs landais.
Le préfet salue d'ailleurs l'engagement des policiers et gendarmes dans l'application de cette mesure. Cependant, il reste prudent et ambitieux : « 10% en moins, c'est bien mais ça pourrait être mieux. Si on note une amélioration des comportements, ce n'est pas encore suffisant ». L'évaluation se poursuivra jusqu'à l'été pour déterminer si le dispositif doit être étendu ou durci.
Perspectives d'évolution et autres priorités
Plusieurs scénarios sont à l'étude pour l'avenir de cette mesure expérimentale. Le préfet envisage notamment :
- Son extension à d'autres infractions accidentogènes comme le non-respect d'un stop, le refus de priorité ou le franchissement de ligne blanche
- Son durcissement par l'allongement de la durée de suspension, actuellement fixée à quinze jours pour tous les contrevenants, pouvant atteindre jusqu'à six mois
Parallèlement, Gilles Clavreul garde un œil sur d'autres problématiques de sécurité routière. Il souligne notamment l'inquiétante progression des infractions liées aux stupéfiants : « Depuis deux ans, on suspend plus de permis pour drogue que pour alcool au volant ». Cette tendance nationale trouve un écho particulier dans les Landes où le préfet cherche à briser un plateau inquiétant en matière d'accidentalité.
Un impact encore à mesurer sur les chiffres globaux
Si l'effet dissuasif sur l'usage du téléphone au volant semble avéré, son impact sur les statistiques globales de sécurité routière reste à préciser. Pour le début d'année 2026, le département compte 47 blessés sur les routes, un chiffre sensiblement identique à celui de 2025 (46). En revanche, les accidents mortels affichent une nette augmentation avec 12 personnes tuées contre 7 pour la même période l'année précédente.
Le préfet analyse ces chiffres avec nuance : « On a eu un démarrage d'année catastrophique à cause des événements climatiques. C'est encore trop tôt pour savoir si cette mesure a joué un rôle ou pas ». Il constate surtout une stagnation préoccupante depuis 2021 : « On fait sensiblement les mêmes chiffres. On n'arrive pas à casser le seuil pour redescendre. Ça fait cinq ans qu'on est sur un plateau. Ce n'est pas satisfaisant ».
Désireux de renverser durablement la tendance, le préfet des Landes poursuit donc son action déterminée, faisant de la lutte contre le téléphone au volant un pilier de sa stratégie pour des routes plus sûres.



