Violences conjugales : un silence médical inquiétant face à un fléau massif
Une femme sur cinq déclare avoir subi des violences de la part de son partenaire, un phénomène qui traverse tous les âges et tous les milieux sociaux. Pourtant, le sujet reste largement ignoré dans les cabinets médicaux. Selon une étude publiée par la Haute autorité de santé (HAS), seulement 5% des femmes affirment avoir été questionnées par leur médecin généraliste sur d'éventuelles violences conjugales lors d'une consultation récente en 2025.
Des recommandations non suivies malgré l'urgence
En 2019, la HAS avait pourtant émis une recommandation claire : les professionnels de santé de premier recours devraient interroger systématiquement toutes leurs patientes sur ce sujet, même en l'absence de signes évidents. "La HAS n'a visiblement pas été entendue", constate l'étude, alors que les violences conjugales prennent des formes multiples – verbales, psychologiques, sexuelles – et touchent des centaines de milliers de femmes chaque année.
Une progression lente et insuffisante du repérage
Le repérage des violences conjugales progresse, mais à un rythme trop lent. En 2022, seule une femme sur trente-trois déclarait avoir été interrogée sur ce sujet. En 2025, ce ratio est passé à une sur vingt, soit une hausse de 67%. Cependant, ce réflexe demeure marginal comparé à d'autres sujets de santé :
- 26% des femmes ont été questionnées sur leur consommation d'alcool
- 37% sur leur tabagisme
- 61% sur leurs activités physiques
Seules 17% des femmes déclarent avoir été interrogées sur leur relation de couple, une progression de 21% par rapport à 2022 mais encore très insuffisante.
Un besoin criant exprimé par les patientes
Les femmes sont pourtant massivement favorables à un questionnement systématique. 97% des patientes sondées estiment que cette pratique serait souhaitable. Plus significatif encore, 72% des femmes victimes de violences y verraient une source de soulagement, une porte de sortie vers une prise en charge adaptée.
Des chiffres qui font froid dans le dos
En France, ce sont en moyenne 219 000 femmes âgées de 18 à 75 ans qui sont victimes chaque année de violences physiques et/ou sexuelles commises par leur conjoint ou ex-conjoint. Un chiffre colossal qui ne représente pourtant que la partie émergée de l'iceberg, puisque seulement 19% de ces femmes déclarent avoir déposé plainte.
Le numéro d'urgence 3919, ligne d'écoute dédiée aux femmes victimes de violences, a enregistré une augmentation de 7,8% des appels en 2025. Mine Günbay, directrice générale de la Fédération nationale solidarité femmes (FNSF) qui gère cette ligne, alerte : "Ce sont de plus en plus souvent des témoignages lourds, évoquant des actes de torture et de barbarie."
Les médecins généralistes : un maillon essentiel à renforcer
Face à cette réalité dramatique, les médecins de famille pourraient devenir un maillon crucial dans la détection précoce de ces violences trop souvent tues. Leur position de confiance et leur accès régulier aux patientes en font des acteurs potentiellement déterminants pour briser le silence et orienter vers les dispositifs d'aide appropriés.
L'étude de la HAS souligne ainsi l'impérieuse nécessité de former et de sensibiliser davantage les professionnels de santé à cette question de santé publique majeure, pour transformer les recommandations en pratiques effectives et sauver des vies.



