Cereus Biosciences : un vaccin anticancer universel issu du génome obscur
Vaccin anticancer universel issu du génome obscur

Cereus Biosciences révolutionne la lutte contre le cancer avec un vaccin universel

Longtemps considéré comme un simple bruit de fond de notre ADN, le génome non codant, cette vaste zone mystérieuse représentant 98 % de notre patrimoine génétique et surnommée « génome obscur », devient aujourd'hui le terrain de jeu d'une innovation médicale majeure. Cereus Biosciences, une jeune biotech française fondée en 2023 en tant que spin-off de l'Institut Curie, a décidé d'explorer cette terra incognita pour y dénicher sa matière première : des antigènes tumoraux partagés par de nombreux patients. L'objectif est clair : fabriquer un vaccin thérapeutique anticancer « public », c'est-à-dire généralisable, et surtout disponible immédiatement dès le diagnostic.

Le cancer du pancréas, une cible prioritaire et urgente

Le point de départ de cette aventure scientifique est brutalement clinique. Cereus Biosciences a choisi de s'attaquer en priorité au cancer du pancréas, un fléau notoirement agressif. « Entre le diagnostic et le décès du patient, en moyenne, c'est 18 mois », rappelle avec gravité Antonin Morillon, directeur de recherche au CNRS à l'Institut Curie et cofondateur de la startup. Un cancer souvent diagnostiqué à un stade avancé, laissant peu de temps pour des thérapies complexes et personnalisées, et créant un besoin thérapeutique absolument criant.

Dépasser l'écueil de la personnalisation des vaccins

La grande promesse des vaccins anticancéreux se heurte aujourd'hui à une réalité logistique contraignante : la personnalisation extrême. Les approches dominantes consistent à fabriquer, pour chaque patient individuellement, un vaccin sur mesure à partir des antigènes spécifiques de sa propre tumeur. « Séquençage, conception, production, injection prennent plusieurs semaines et coûtent extrêmement cher », résume Antonin Morillon. Face à ce goulot d'étranglement, Cereus Biosciences propose une bifurcation stratégique audacieuse. L'idée est d'identifier des antigènes communs à une grande majorité des patients atteints d'un même type de cancer, comme celui du pancréas. Cela permettrait de disposer d'un vaccin « prêt à l'emploi » dès l'arrivée du patient à l'hôpital, gagnant un temps précieux et réduisant considérablement les coûts.

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La chasse aux « dark antigènes » dans le génome obscur

Pour constituer ce « cocktail » vaccinal innovant – contenant des dizaines de ces « dark antigènes » présents à la surface des cellules cancéreuses –, l'équipe de Cereus a élargi la chasse bien au-delà des 2 % du génome qui codent les protéines classiques. Elle plonge dans les 98 % restants, le génome non codant, une source jusqu'ici largement inexploitée. Côté preuve de concept, l'entreprise s'appuie déjà sur des résultats prometteurs obtenus in vitro. Dans le sang de patients, les chercheurs ont démontré que les cellules T du système immunitaire reconnaissent spécifiquement ces antigènes issus du génome obscur. Cette reconnaissance déclenche l'apparition de cellules mémoire, essentielles pour démultiplier et pérenniser l'action défensive contre les cellules tumorales.

Une histoire née dans les couloirs de l'Institut Curie

L'histoire de Cereus Biosciences est celle d'une rencontre fortuite et fructueuse. Elle débute par des discussions autour de tasses de café dans les couloirs de l'Institut Curie. Antonin Morillon, qui travaillait à l'origine sur la levure et la « face cachée » du génome, croise la route de son voisin de laboratoire, Daniel Gautheret, spécialiste de bio-informatique de l'ARN. De leurs échanges naît une collaboration intense, aboutissant à la publication de « plus d'une quinzaine de papiers » scientifiques sur les signaux génétiques qui échappent aux cartes classiques du génome. Un troisième acteur, Olivier Lantz, responsable d'un laboratoire d'immunologie clinique à Curie, leur donne ensuite l'idée cruciale d'explorer les prélèvements sanguins de patients atteints de cancer pour y traquer la présence de ces antigènes mystérieux.

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Essai clinique programmé et expansion du pipeline

Aujourd'hui, le projet prend de la vitesse. « Un essai clinique sur des patients atteints d'un cancer du pancréas est programmé pour la fin 2027 », annonce Antonin Morillon. Cet essai combinera la vaccination thérapeutique innovante à des traitements conventionnels favorisant l'élimination de la tumeur ou des métastases. Mais l'ambition de Cereus Biosciences ne s'arrête pas là. La biotech se positionne d'ores et déjà sur l'identification de nouveaux « dark antigènes » pour développer des vaccins thérapeutiques contre deux autres cancers agressifs, dont les solutions thérapeutiques restent aujourd'hui très limitées. Cette approche du « vaccin public » pourrait bien redéfinir l'avenir de l'immunothérapie anticancéreuse en la rendant plus accessible, plus rapide et plus efficace.