Un mois sous le régime médical : le fossé entre patients et soignants
Un mois sous le régime médical : patients vs soignants

Un mois sous le régime médical : le fossé entre patients et soignants

Je viens de recevoir mes résultats. Pas électoraux : médicaux. J’ai, en effet, vécu pendant un mois sous le régime médical, une expérience qui m’a plongé dans un monde où la communication semble souvent brisée.

La langue des médecins et l'espérance des patients

Première constatation : on ne parle pas la même langue. Comment s’y reconnaître, par exemple, entre les leucocytes et les lymphocytes ? C’est parce qu’on n’habite pas dans le même pays. Les médecins sont ancrés dans la douleur et les patients dans l’espérance. Le malade sait qu’un jour il quittera l’hôpital, alors que le soignant sait qu’il y restera, jour après jour.

La principale activité du corps médical : courir. Pas étonnant que de nombreux médecins participent au marathon de Paris. Les infirmiers et les infirmières ont eux aussi une belle foulée. Tous s’entraînent à fuir les patients, ces casse-pieds qui ont toujours un truc idiot à leur demander. Dès que vous voyez une blouse blanche dans un couloir à l’hôpital, vous pouvez être sûr que vous ne la verrez pas longtemps, comme un éclair dans la nuit.

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La déambulation et le temps suspendu

Mon premier déambulateur : j’ai tout de suite su qu’un truc se passait entre lui et moi. Qu’ai-je fait sur cette planète, sinon déambuler ? Les bras servent enfin à quelque chose : soutenir les jambes. La déambulation a une sévère limitation de vitesse, du moins pour les plus anciens d’entre eux : des roues. Mon déambulateur à moi avait la lourdeur des objets historiques.

J’aimais le soulever en douceur et le reposer avec délicatesse sur le sol orangé de l’hôpital. On avait tout notre temps. C’est ce qu’il y a en plus grande quantité à l’hôpital : le temps. Celui de se replonger dans la grande piscine de Dostoïevski : Les Frères Karamazov. Feuilleton bavard et sentimental comme tous les romans de Fiodor, d’où leur succès populaire, offrant une échappatoire à la monotonie des journées.

Le retour à la réalité et les visages masqués

Le jour où on doit, les jambes flageolantes, rentrer chez soi. J’ai quitté la clinique des Buttes-Chaumont un matin de janvier où il ne faisait pas froid. En attendant mon ambulance, je me suis assis à la réception pour voir arriver le personnel de l’établissement, jeunes femmes d’Afrique et d’Asie qu’on ne reconnaît pas sous leur masque bleu et leur blouse blanche.

J’ai pensé à cette journée où elles ne verraient que des malades, leur cœur gros bien accroché. Je me souviens qu’elles parlaient et riaient fort pendant le petit-déjeuner. Ça les rassurait et moi aussi. Ce qui m’a fait le plus rire : cette infirmière qui me réveillait pour me donner un somnifère. L’hospitalisation est une fiction : on a hâte de revenir dans la réalité.

Ça m’a fait la même chose à l’armée, en 1978. Je refusais de croire que les choses existaient et qu’elles me tombaient sur la tête, un sentiment de surréalité qui persiste dans les couloirs médicaux.

Le chemin du retour et les rues de Paris

L’ambulancier n’a pas pris l’affreux périphérique, avec ses mille nuances de gris. Il lui a préféré les rues étroites et les boulevards lumineux du 18e arrondissement de Paris, ce quartier adorable où j’ai fait connaissance avec le malheur d’aimer et la joie de guérir. Un trajet qui symbolise le passage de l’enfermement hospitalier à la liberté retrouvée, une transition douce vers la vie normale.

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