L'ARS suspend l'hospitalisation à la Fondation Vallée après des dérives graves
Une suspension immédiate de l'activité des unités d'hospitalisation à temps complet a été décidée par l'Agence régionale de santé (ARS) d'Île-de-France au sein de la Fondation Vallée, le plus grand établissement pédopsychiatrique de France situé à Gentilly. Cette mesure d'urgence, annoncée ce jeudi après-midi à la direction de l'établissement, vise à garantir une prise en charge sécurisée des enfants, alors même que les conclusions définitives de l'inspection diligentée fin 2025 n'ont pas encore été rendues.
Des pratiques inacceptables révélées
L'inspection a mis en lumière des faits graves concernant la prise en charge des mineurs. Les inspecteurs ont constaté des mises à l'isolement abusives, mais ont également découvert des situations encore plus préoccupantes : l'utilisation de contentions physiques et des durées d'hospitalisation injustifiées au regard de l'état de santé des patients. Certains enfants sont restés hospitalisés pendant de très longues périodes alors que leur pathologie ne le nécessitait pas, selon les observations réalisées lors de visites sur place les 17 et 18 novembre, d'entretiens avec les professionnels et d'analyse de documents transmis par la direction.
"Je salue le sens des responsabilités de l'Agence régionale de santé", a déclaré Etienne Pot, le délégué interministériel aux troubles du neurodéveloppement. "Il s'agit d'une mesure ferme mais nécessaire pour le bien des enfants et des familles concernées. Cela montre aussi l'engagement du gouvernement et de la ministre de la Santé Stéphanie Rist à ce qu'il y ait des prises en charge de qualité proposées à tous les enfants."
Une suspension des lits d'hospitalisation
Denis Robin, le directeur général de l'ARS, a prononcé la suspension des lits d'hospitalisation encore ouverts sur le site, soit trois unités totalisant 22 lits :
- Une unité de 10 lits pour adolescents de 12 à 17 ans
- Une unité de 5 lits pour enfants de 4 à 12 ans
- Une unité de 7 lits pour les 6 à 12 ans
Cette décision intervient alors que l'établissement disposait d'une capacité théorique de 70 lits mais était notoirement sous-occupé depuis plusieurs années. Les familles des enfants concernés ont déjà été informées et la suspension deviendra effective après les vacances scolaires de février, lorsque la vingtaine d'enfants encore hospitalisés auront pu être réorientés vers de nouvelles structures.
Des perspectives d'évolution incertaines
L'ARS a acquis la conviction que les équipes hospitalières ne souhaitaient pas modifier leurs habitudes de travail. "A ce jour, la Fondation Vallée n'a pas été en capacité d'apporter la garantie de l'arrêt définitif de ces pratiques", indique l'agence dans son communiqué, alors même qu'une demande officielle avait été formulée dès le 7 octobre dernier.
L'établissement a été mis en demeure de remédier aux dysfonctionnements et de réorganiser son offre d'hospitalisation selon les bonnes pratiques professionnelles les plus récentes. Il devra notamment respecter les dernières recommandations de la Haute autorité de santé pour la prise en charge des enfants avec des troubles du neurodéveloppement, ce qui implique de renoncer aux prises en charge d'inspiration psychanalytique encore largement utilisées dans cet établissement.
Des tensions prévisibles
Cette décision risque de provoquer de vives tensions. Depuis la révélation des dérives par L'Express, les élus du personnel ont multiplié les communiqués de presse et organisé une manifestation contre les "attaques" dont leur hôpital était victime. Ils réfutent notamment que l'orientation très psychanalytique des praticiens ait pu être à l'origine de ces dérives.
Pourtant, comme le nuance Etienne Pot : "Il y a deux sujets : l'isolement au sein de cet établissement d'une part, et la psychanalyse d'autre part, dont la HAS dit qu'elle est non recommandée dans le champ de l'autisme et du TDAH. Je constate juste qu'il existe là deux pratiques totalement déviantes pour les troubles évoqués, et qui ne devraient pas avoir lieu."
Des manquements déjà signalés
Ces dérives n'étaient pas nouvelles. Plusieurs organismes publics avaient déjà pointé des manquements :
- En novembre 2021, la Chambre régionale des comptes d'Île-de-France avait rendu un rapport critique sur l'hôpital
- La Haute autorité de santé avait rendu fin 2025 un avis de non-certification, un fait rare puisque seulement 4% des hôpitaux français n'obtiennent pas ce label
- Des mesures d'enfermement d'enfants dans des conditions inadaptées avaient déjà été dénoncées
L'ARS vient donc d'aboutir aux mêmes conclusions que ces organismes, mais la question demeure : combien d'enfants ont souffert d'une prise en charge inadaptée pendant ce temps ?
La décision sera présentée officiellement dans les prochains jours au conseil de surveillance de l'établissement Paul Guiraud - Fondation Vallée, puis devant le Comité social et économique et la Commission médicale d'établissement. L'avenir des services d'hospitalisation dépendra de la capacité de l'établissement à mettre en œuvre les réformes nécessaires.



