Un collectif de 350 acteurs de la santé publique sonne l'alarme
Dans une tribune publiée dimanche dans Le Monde, un collectif rassemblant 350 acteurs de la santé publique dénonce avec vigueur la réorganisation prévue de l'agence sanitaire Santé publique France. Ils appellent à préserver son rôle central dans les campagnes de prévention, mettant en garde contre un "quasi-démantèlement" de ses activités essentielles.
Un recentrage stratégique controversé
Le gouvernement a annoncé fin janvier un "recentrage stratégique" de Santé publique France. Cette réorganisation implique le transfert de plusieurs missions clés, telles que la gestion des stocks stratégiques et le pilotage de la réserve sanitaire, vers le ministère de la Santé. De plus, à partir de 2027, les campagnes de communication de santé publique seront confiées au ministère de la Santé et à l'Assurance-maladie.
Anne Vuillemin, présidente de la Société Française de Santé Publique et initiatrice de cette tribune, a déclaré à l'AFP : "On espère que le gouvernement affichera une politique de santé publique claire et qu'il redonnera à son agence la place qui lui revient, et notamment une place pour la prévention et la promotion de la santé."
Des inquiétudes profondes sur l'autonomie scientifique
Les signataires, issus du monde scientifique, médical et associatif, alertent que cette réorganisation prend un air de quasi-démantèlement de l'activité de l'agence en matière de campagnes de prévention. Ils rejoignent ainsi les inquiétudes exprimées depuis fin janvier, craignant une perte d'autonomie et un affaiblissement de la capacité de décision scientifique et d'intervention de cet établissement créé en 2016.
Ils rappellent que "en dix ans d'existence, Santé publique France a pourtant montré la valeur ajoutée d'une agence publique alliant surveillance de l'état de santé de la population, veille et alerte sanitaires, prévention et promotion de la santé." Ils citent en exemple le succès de "Mois sans tabac", une campagne qui encourage à arrêter de fumer pendant 30 jours.
La science au cœur du débat public
Les acteurs de la santé publique soulignent avec force : "Pour protéger les populations, il est en effet indispensable de disposer d'une expertise publique forte, structurée et indépendante des décideurs politiques." Ils déplorent que cette décision ait été prise "sans bilan public, sans évaluation partagée, sans concertation avec la société civile."
Anne Vuillemin insiste sur un point crucial : "Les campagnes de prévention, ce n'est pas de la communication. Derrière, il y a tout un travail d'expertise scientifique" qui y est adossé. Elle estime que ce transfert soulève la question fondamentale de la place de la science dans la décision publique, mettant en lumière les tensions entre expertise indépendante et pilotage politique.
Cette mobilisation sans précédent illustre les craintes profondes du secteur face à une réorganisation perçue comme menaçant l'indépendance et l'efficacité des politiques de prévention en santé publique en France.



