Santé et élections : pourquoi la prévention ne réduit pas les dépenses médicales
Santé et élections : les limites de la prévention

Santé et élections : un débat souvent noyé sous les bonnes intentions

Les élections municipales terminées, la campagne présidentielle commence à se dessiner. Parmi les domaines qui mériteront une attention particulière, la politique de santé occupe une place centrale. Historiquement, ce sujet a toujours été le parent pauvre des débats électoraux : à la fois imprécis et submergé par les déclarations généreuses des candidats, il n'a jamais manqué ni d'a priori ni d'idées fausses.

Le mythe de la prévention comme réducteur de coûts

Une idée reçue persiste : la prévention diminuerait comme par magie les dépenses de soins médicaux. En réalité, lorsque la prévention est efficace, ceux qui vivent plus longtemps grâce à une meilleure hygiène de vie finissent tout de même par mourir un jour. En bénéficiant d'une vie plus longue, ils nécessitent également plus de soins médicaux sur cette période étendue.

Il est essentiel de défendre toutes les politiques qui, grâce à l'éducation pour la santé, la vaccination, l'exercice physique, une alimentation saine ou un environnement dépollué, ajoutent des années à la vie. Cependant, il est vain d'en attendre une baisse significative des dépenses de soins, à quelques exceptions notables près :

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  • La lutte contre l'obésité
  • La réduction de l'usage immodéré d'alcool
  • Le suivi rigoureux des diabétiques
  • La prise en charge précoce de l'autisme

Ces cas particuliers ne représentent pas la règle générale. L'augmentation de l'espérance de vie à la naissance dans un pays constitue un bienfait indéniable, mais pas une source d'économie des dépenses sociales.

L'arithmétique implacable du vieillissement et de l'innovation

En France, le seul effet du vieillissement de la population implique, à soins médicaux identiques, une croissance annuelle des dépenses de soins de 2,5%. Si l'on ajoute l'effet de l'innovation médicale (estimé à 1,5%), la croissance « naturelle » des dépenses de santé atteint environ 4% par an.

La question cruciale se pose : comment financer ces dépenses en 2027, lorsque la croissance économique ne dépassera probablement pas 1% et que le déficit annuel de l'assurance-maladie avoisinera encore les 25 milliards d'euros ? Ce montant représente plus du quart de ce que rapporte à l'État l'impôt sur le revenu des personnes physiques.

Les fausses solutions et l'exemple américain

Certains prétendront qu'il faudra faire payer les « riches », d'autres que la gratuité des soins aux migrants résoudra le problème. Pourtant, les économies potentielles d'une telle mesure – discutable d'un point de vue sanitaire – atteignent à peine un milliard d'euros. Les plus sages se contenteront de parler en termes vagues de l'équilibre financier de l'Assurance maladie après avoir promis à tous les acteurs du système une amélioration substantielle de leur sort.

La leçon américaine : le marché privé accélère les dépenses

Un détour par les États-Unis s'impose, non seulement pour illustrer les dommages de la politique de Donald Trump, mais pour en tirer une leçon plus large : accroître le financement des dépenses de soins par des assurances privées, mutualistes ou commerciales, ne diminue pas les dépenses de santé, mais les accélère. Autrement dit, la concurrence dans ce domaine ne réduit pas les coûts, mais les augmente.

Cet effet est paradoxal et remet en cause une « évidence » économique. Contrairement à ce que prétendent les économistes libéraux, le marché de la santé ne fonctionne pas comme les autres marchés. La concurrence entre assureurs ne baisse pas d'un dollar les dépenses de soins, mais en revanche les augmente systématiquement.

Les conséquences concrètes de la politique MAHA

Comme prévu l'année dernière, la politique Maga de Donald Trump, rebaptisée MAHA (Make America Healthy Again) pour la santé, a mis environ un an avant que ses conséquences ne deviennent tangibles pour la population, notamment pour les plus pauvres des Américains bénéficiant du programme Medicaid.

Les coupes massives du financement fédéral, de l'ordre de 100 milliards de dollars par an, ont forcé les États à :

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  1. Accroître la sévérité des critères d'admission au programme Medicaid
  2. Réduire le nombre d'ayants droit
  3. Limiter les bénéfices fiscaux attribués à certains assurés

On estime qu'au moins 10% de la population américaine est en train d'être exclue du programme, tandis qu'un nombre équivalent subit des hausses de primes d'assurance. Cette situation conduit non seulement à exclure de l'accès aux soins une part importante de la population, mais aussi à la fermeture d'hôpitaux et de centres de consultations externes.

L'inflation des coûts et les tentatives de régulation

En 2026, les dépenses de soins médicaux augmentent à un tel point qu'un tiers des Américains réduisent leur train de vie pour payer leurs soins. Pour donner un ordre de grandeur, la prime moyenne annuelle d'une famille américaine de moins de 65 ans s'élève à 27 600 dollars pour la seule assurance-maladie, tandis que les paiements directs pour dépassements d'honoraires ne cessent de croître.

L'Indiana et le Vermont : même les républicains capitulent

Deux États aux traditions politiques dissemblables, l'Indiana et le Vermont, ont fait voter des mesures pour limiter les tarifs hospitaliers remboursés par les assurances privées. Aux États-Unis, avant 65 ans, deux tiers des Américains bénéficient d'une assurance privée liée à leur contrat de travail, avec un ticket modérateur moyen d'au moins 25%.

« Depuis l'an 2000, les prix hospitaliers sont montés en flèche de plus de 250% – deux fois plus que le reste des soins médicaux et presque trois fois l'inflation », rappelait récemment le magazine The Economist.

La situation particulière de ces deux États n'est que le signe d'une évolution profonde : les chaînes d'hôpitaux sont de moins en moins nombreuses et forment un oligopole auquel les assureurs sont contraints de céder. Comme l'admet un républicain cité par The Economist : « Même si vous êtes conservateurs, vous allez vous intéresser à la régulation d'un service public… c'est le seul moyen de les garder dans une limite ».

La cause fondamentale : l'incertitude de l'achat

La particularité du domaine de la santé ne tient pas seulement à l'existence d'oligopoles. La cause première provient du fait que lorsque l'on s'assure pour sa santé, on ne sait pas définir précisément ce pour quoi l'on s'assure, si ce n'est en invoquant le terme vague de remboursement des « soins médicaux ».

Les assurés ne connaissent pas l'ensemble des techniques médicales dont ils pourraient bénéficier, pas plus que la manière de calculer un tarif hospitalier – une technique obscure pour 99,9% de la population. Quand on s'assure pour sa santé, on veut le meilleur. On n'achète donc ni un bien, ni un service précis, mais la confiance d'être, le jour où cela sera nécessaire, aussi bien soigné que possible.

La leçon pour la France

Nous n'avons donc aucun intérêt à transférer aux assurances privées des frais de santé, même si nos mutuelles et assurances complémentaires sont bien plus régulées que les assureurs américains. La concurrence dans le domaine de la santé produit de l'inflation, car contrairement à l'automobile où les consommateurs savent ce qu'ils achètent, l'assurance santé repose sur une incertitude fondamentale.

Dans les mois à venir, il sera crucial d'observer si certains des programmes « santé » des candidats à l'élection présidentielle retiendront cette voie périlleuse. Face au mur de la dette, trouver un moyen d'offrir aux Français les soins qu'ils requièrent tout en recherchant des « vraies » économies constituera un défi majeur. À suivre…