Santé au travail : une approche globale pour prévenir et dépister
Invité exceptionnel de Midi Libre à Saint-Jean-de-Védas, Michel Cymes a animé un Face aux lecteurs avant de participer activement au Lab Santé, consacré à la santé au travail. Le médecin préféré des Français a également abordé le sujet du TDAH, thème de son dernier livre qu'il a dédicacé à l'issue de la journée.
Évolution des concepts et enjeux actuels
Les intervenants ont souligné que santé au travail, prévention et dépistage, souvent traités séparément, relèvent d'une même logique : agir au bon moment avant la dégradation des situations. Le docteur Béatrice Kozar, médecin du travail et responsable de la cellule prévention de la désinsertion professionnelle EnSanté, retrace l'évolution du vocabulaire.
"En 1946, on parlait de médecine du travail. Dans les années 2000, on a commencé à parler de santé au travail. Avec la loi santé de 2021, on parle de prévention et de santé au travail. Aujourd'hui, le but est de faire en sorte que le travail n'abîme pas la santé", explique-t-elle. Les risques psychosociaux et les troubles musculo-squelettiques constituent les principales problématiques identifiées.
Rôle crucial des médecins et signaux d'alerte
Le docteur Jean-Christophe Calmes, président de l'URPS Médecins d'Occitanie et de la CPTS Bassin de Thau, insiste sur le rôle du médecin généraliste dans le repérage précoce. "Il y a deux grands axes dans la santé au travail : ce qui se voit et ce qui se voit moins. C'est le rôle du médecin généraliste d'être à l'affût des signaux faibles", affirme-t-il. Une étude récente révèle que 37% des hommes et 41% des femmes n'envisagent pas de travailler jusqu'à l'âge de la retraite.
Dans cette chaîne de vigilance, chaque acteur a sa place. "Le médecin généraliste est celui qui dépiste et le médecin du travail est le spécialiste de l'adaptation du travail selon le besoin du salarié. Le lien entre les deux est fort", poursuit Jean-Christophe Calmes.
Absentéisme et dispositifs de prévention
Anne Reynes, responsable prévention de la CPAM de l'Hérault, analyse les arrêts de travail :
- 30% sont causés par les troubles musculo-squelettiques
- 36% sont liés à la santé mentale
- Le reste correspond à des arrêts classiques
Béatrice Kozar identifie les signaux d'alerte en entreprise : "Les absences, les retards, la modification du comportement, le retrait du collectif… À tout instant, un salarié peut demander une visite de médecine du travail."
Le docteur Julie-Anne Rouvière, biologiste et directrice générale d'Inovie Labosud, présente le dispositif Mon Bilan Prévention lancé en 2024 : "Il s'agit d'un échange entre un professionnel de santé et son patient sur un bilan personnalisé de santé." Pour Jean-Christophe Calmes, la prévention repose sur une culture de l'anticipation et des gestes concrets : "le sport, l'alimentation et la vaccination."
Dépistage : enjeux et freins
Julie-Anne Rouvière rappelle l'importance de la biologie médicale : "Sept décisions médicales sur 10 reposent sur un examen de biologie médicale pour moins de 1,5% des dépenses de santé. Ce sont 500 000 patients chaque jour qui ouvrent la porte des 4 300 laboratoires en France."
Anne Reynes énumère les freins au dépistage : "Il y a la peur du résultat, la peur de l'examen, la méconnaissance des dépistages, la barrière de la langue aussi parfois."
Michel Cymes appelle à la responsabilisation
Michel Cymes livre un propos direct : "Il faut que les Français se responsabilisent un peu. On ne peut pas tout demander à la médecine. Ne pas se faire dépister, cela s'appelle un comportement à risque." Il déplore particulièrement le retard français en dépistage du cancer colorectal : "C'est inadmissible que la France soit en retard concernant le dépistage du cancer du côlon. Moins de 40% des personnes font ce test."
Il critique la peur du diagnostic : "C'est fou d'imaginer que des patients n'y vont pas par peur de trouver un cancer. Il vaut mieux le trouver quand il n'a pas encore fait de métastases."
Le TDAH : changer le regard
Michel Cymes présente son livre Heureux comme des TDAH, co-écrit avec le pédopsychiatre Olivier Revol. Il définit le TDAH comme une "neuroatypie, un cerveau qui fonctionne un peu différemment", regroupant troubles de l'attention, impulsivité et/ou hyperactivité.
"Ce trouble peut être très handicapant pour ceux qui ont des symptômes sévères. On a voulu dire qu'un diagnostic de TDAH n'est pas toujours une catastrophe. Ceux qui en sont atteints peuvent être pris en charge", explique-t-il. Il décrit des profils souvent impatients, avec "envie de finir les phrases des autres avant qu'elles ne soient terminées, qui veulent faire 25 choses en même temps."
Parmi les conseils, il insiste sur l'hygiène de vie : "Le sport est un très bon moyen de calmer son TDAH. D'ailleurs, le sport est un médicament universel." Il rassure sur le diagnostic : "Aujourd'hui, les médecins généralistes sont formés et préparés pour faire des diagnostics de TDAH."



