La crise des maternités en Nouvelle-Aquitaine s'aggrave
La problématique des déserts médicaux, qui touche de nombreuses régions françaises, concerne désormais de manière aiguë les maternités de petite taille. En Nouvelle-Aquitaine, une polémique éclate autour d'un projet controversé de l'Agence Régionale de Santé (ARS) visant à réquisitionner des professionnels de santé pour assurer des gardes dans des établissements voisins dépourvus de personnel.
Une mesure dénoncée comme alarmiste
Dans un communiqué commun publié lundi, cinq sociétés savantes de médecine, dont celles de médecine périnatale, de gynécologues obstétriciens et d'anesthésistes-réanimateurs, ont vivement critiqué cette initiative. Elles qualifient la communication de l'ARS de « volontairement alarmiste » et demandent à l'État de rejeter cette proposition, présentée aux professionnels néoaquitains début mars.
Cette annonce intervient dans un contexte particulièrement sensible, juste après l'ouverture d'un chantier national destiné à réduire la mortalité infantile en France, l'un des pays de l'Union européenne les plus touchés par ce fléau. Les sociétés médicales craignent que les « établissements qui tiennent encore debout » ne se retrouvent « à leur tour en grave tension » si leurs équipes doivent « jouer les bouche-trous ».
Les risques identifiés par les professionnels
Les médecins mettent en garde contre plusieurs conséquences potentielles de cette mesure :
- De nouvelles surcharges de travail pour un personnel déjà sous pression
- Des temps de transports additionnels épuisants pour les professionnels
- Des difficultés de recrutement encore accrues dans les services assurant la permanence des soins
- La crainte que d'autres ARS ne reproduisent cette mesure dans d'autres régions
Elles redoutent particulièrement que cette approche se généralise « sous couvert d'éviter la fermeture temporaire ou définitive de maternités », créant ainsi un précédent dangereux pour l'ensemble du système de santé français.
La position officielle de l'ARS et du ministère
Face à ces critiques, l'ARS Nouvelle-Aquitaine se défend en affirmant que l'usage de cet « outil » de réquisition sera « rarissime » et réservé aux situations d'extrême urgence. Benoît Elleboode, directeur général de l'ARS Nouvelle-Aquitaine, précise que le recours à cette mesure n'interviendra que « quand on aura tout essayé avant ».
Il insiste particulièrement sur un point crucial : « Il est hors de question de réquisitionner dès lors qu'une petite maternité a un problème ; on suspendra d'abord l'activité ». Cette clarification vise à rassurer les professionnels tout en maintenant la possibilité d'intervention en cas de crise majeure.
Le ministère de la Santé a pour sa part indiqué avoir pris connaissance de « cette prise de position syndicale ». Lors d'une réunion vendredi avec quatre personnalités qualifiées chargées d'élaborer des mesures, « l'enjeu du renforcement des ressources humaines dans les maternités » a été évoqué en profondeur.
Un contexte régional préoccupant
La Nouvelle-Aquitaine compte actuellement 42 maternités pour une population de plus de six millions d'habitants. Parmi ces établissements, la moitié sont des maternités de type 1, spécialisées dans la prise en charge des grossesses « à bas risque ». Ces structures assurent pourtant un quart des naissances de la région, soulignant leur importance dans le maillage territorial.
Ces dernières années, plusieurs petites maternités de la région ont dû fermer temporairement, parfois pour plusieurs jours ou semaines, en raison de graves pénuries de personnel. Cette situation récurrente a conduit l'ARS à envisager des solutions radicales pour garantir la continuité des soins.
La priorité : éviter les situations d'urgence
Benoît Elleboode explique la logique derrière cette approche controversée : « Si on doit suspendre l'activité de ces maternités-là pour ne pas réquisitionner, les femmes devront quitter le département pour accoucher en ayant été prévenues deux jours à l'avance ». Il cherche ainsi à éviter que des femmes enceintes ne soient contraintes de parcourir « 1h30 de route » dans des conditions potentiellement dangereuses.
L'objectif affiché est d'« anticiper » les crises pour ne pas « avoir à gérer des situations dans la précipitation à Noël ou lors du 15 août ». Dans un document consulté par l'AFP, l'ARS évoque d'abord une réorganisation des ressources humaines à l'échelle régionale, suivie d'un appel préalable à la « solidarité » des médecins pour renforcer les maternités voisines en difficulté.
Le ministère de la Santé précise que ce « plan régional initié par l'ARS » ne concerne que la Nouvelle-Aquitaine « à ce stade », et que les réquisitions « sont envisagées en ultime recours ». Cette précision vise à limiter les craintes d'une généralisation de la mesure à l'ensemble du territoire national.



