Chaque année, le virus de la rougeole tue encore plus de 140 000 personnes dans le monde, majoritairement des enfants de moins de 5 ans. Si les symptômes de cette maladie virale – fièvre, toux, conjonctivite, puis éruption cutanée – semblent banals, ses complications sont fréquentes. Elles peuvent se traduire par des pneumonies, des inflammations du cerveau (encéphalites), une diminution de l’immunité ; et, parfois, mener au décès.
La rougeole est l’une des infections les plus contagieuses que nous connaissions : une personne malade peut en contaminer jusqu’à 20 autres si ces dernières ne sont pas vaccinées. Le virus, dont l’unique réservoir est l’être humain, se transmet par voie aérienne et reste actif plusieurs heures dans l’air d’une pièce fermée.
Une augmentation marquée des cas en France
Ces dernières années, la France voit un retour marqué de la rougeole. Quinze cas en 2022, 117 en 2023, 483 en 2024 (dont près du tiers hospitalisés) : le nombre de cas augmente régulièrement. En 2025, 873 cas ont été recensés, dont 314 hospitalisations (36 %), 121 complications (14 %), et 4 décès chez des patients immunodéprimés.
Soixante et onze départements (70 %) ont rapporté au moins un cas, avec les chiffres les plus élevés dans le Nord (15 %), les Bouches-du-Rhône (6 %), l’Aude (6 %), la Haute-Savoie (5 %) et l’Isère (5 %). Quatorze pour cent des cas étaient importés, liés à un séjour à l’étranger.
Parmi les cas pour lesquels le statut vaccinal était renseigné (620 sur 873), 416 (67 %) concernaient des personnes non vaccinées ou insuffisamment vaccinées, 194 (31 %) des personnes ayant reçu deux doses, et 9 cas (1 %) des personnes vaccinées sans précision.
Les catégories les plus touchées sont les jeunes enfants, les adolescents et les adultes à partir de 30 ans. Ceci s’explique par le fait que la vaccination contre la rougeole a été introduite en France en 1983, puis a évolué avec un schéma à deux doses en 1996.
Pourquoi un tel rebond maintenant ?
Le rebond actuel survient dans un contexte où la couverture vaccinale est globalement élevée, notamment grâce à l’obligation instaurée en 2018. Plusieurs facteurs expliquent cette situation paradoxale.
Perturbations liées à la pandémie de Covid-19
Pendant la crise, les consultations médicales et les rappels de vaccination ont parfois été retardés, créant des décalages dans certains calendriers vaccinaux. Le vaccin contre la rougeole nécessite deux doses pour être complet. Les rappels non effectués diminuent la couverture vaccinale nécessaire pour éliminer la circulation du virus.
Baisse de vigilance après la pandémie
La circulation de la rougeole avait fortement diminué grâce aux mesures barrières. Combiné aux retards de vaccination, cela a conduit à une accumulation d’enfants et d’adolescents non ou insuffisamment vaccinés, formant un réservoir de personnes susceptibles.
Défiance vaccinale persistante
La défiance vaccinale reste présente dans certaines communautés ou tranches d’âge, surtout parmi les générations nées avant 2018, non concernées par l’obligation. En 2024 et 2025, les deux tiers des cas signalés concernaient des personnes insuffisamment vaccinées.
Le vaccin : une arme efficace mais sous-utilisée
En France, la politique d’obligation vaccinale a permis d’atteindre un niveau de protection élevé. Cependant, si 95 % des enfants reçoivent la première dose, moins de 85 % complètent la deuxième dose, indispensable pour une protection durable. La couverture nécessaire pour l’élimination de la rougeole est de 95 % pour deux doses au niveau de la population, un seuil non atteint.
Au niveau mondial, la couverture vaccinale stagne : 83 % pour la première dose, 74 % pour la seconde. La rougeole est devenue un indicateur de la fragilité des systèmes de santé et de l’adhésion aux politiques vaccinales.
Certaines personnes ne peuvent pas bénéficier du vaccin vivant atténué : nourrissons de moins de 12 mois, femmes enceintes, personnes immunodéprimées. Pour les protéger, il faut compter sur l’immunité collective, qui nécessite une couverture vaccinale de 95 %.
Des complications lourdes
Les complications de la rougeole restent graves et parfois mortelles. La pneumonie est la première cause de décès, survenant dans 6 % des cas environ et responsable de 60 % des décès. Un patient sur 1 000 développe une encéphalite aiguë, avec une mortalité inférieure à 15 % mais des séquelles neurologiques fréquentes (40 % des cas).
Les malades immunodéprimés peuvent être victimes d’encéphalites à inclusions (MIBE), une affection rare mais gravissime et mortelle. Des complications tardives comme la panencéphalite subaiguë sclérosante (PESS), inéluctablement fatale, peuvent survenir entre quatre et dix ans après la rougeole.
Chez les femmes enceintes, la rougeole peut entraîner des fausses couches, une prématurité ou une mort in utero.
Une « amnésie immunitaire »
La rougeole provoque une immunodépression transitoire, éliminant entre 11 et 73 % du répertoire d’anticorps présents avant l’infection. Les individus redeviennent vulnérables à de nombreux pathogènes. Ce phénomène ne se produit pas avec la vaccination.
Comment se protéger ?
Pour maîtriser le virus, il faut renforcer la vaccination pour atteindre 95 % de couverture avec deux doses, cibler les rattrapages chez les adolescents et jeunes adultes, améliorer la surveillance avec des diagnostics rapides et un suivi génomique, et combattre la désinformation en valorisant les professionnels de santé.
La rougeole n’est pas une maladie du passé. Elle revient nous rappeler que tant que la vaccination ne sera pas universelle, les épidémies persisteront. Deux doses de vaccin suffisent à protéger un enfant à vie.



