La Cour des comptes préconise une réorganisation du maillage hospitalier français
La France possède-t-elle un nombre excessif d'hôpitaux, et serait-il nécessaire d'en fermer certains pour optimiser l'efficacité des soins ? La Cour des comptes aborde cette question épineuse, souvent explosive, où la simple éventualité de fermer une petite maternité ou un service d'urgence provoque immanquablement des mobilisations locales et des manifestations, au nom de la défense des établissements « de proximité ». Dans son rapport public annuel 2026, présenté ce mercredi 26 mars, les magistrats de la rue Cambon mettent les pieds dans le plat en affirmant qu'il faut « réorganiser le maillage de l'offre de soins hospitaliers ».
Un réseau hospitalier dense et peu adapté
Les Sages constatent que ce maillage est « dense », avec « 2 380 sites hospitaliers en 2023 ». Ils relèvent que « ce maillage hospitalier a peu changé malgré l'évolution des besoins de santé » de la population. La Cour recommande donc de « fusionner » des hôpitaux, afin d'éviter des doublons et d'améliorer leur efficacité. « Il faut fusionner les établissements de santé d'un groupement hospitalier de territoire pour constituer une personne morale unique », insiste-t-elle.
L'analyse de la répartition géographique des hôpitaux révèle une surdensité de l'offre en région parisienne, sur le pourtour méditerranéen, en Alsace, sur les littoraux breton et aquitain, et autour de Lyon. À l'inverse, la présence de sites hospitaliers est faible dans la vaste « diagonale du vide », qui s'étend des Ardennes aux Pyrénées, en traversant la Bourgogne et le Massif central.
Une stratégie nationale et régionale nécessaire
Pour faire évoluer cette situation, la Cour recommande de « définir, au niveau national, une nouvelle stratégie d'évolution de l'offre hospitalière fondée sur la gradation des soins et, par région, un scénario d'évolution de l'offre hospitalière ». Cependant, cette proposition est souvent perçue comme un « vœu pieux » par les acteurs du secteur.
Jérôme Goeminne, président du Syndicat des manageurs publics de santé, explique : « On manque, depuis des années, de courage politique en France pour faire une vraie réorganisation hospitalière. Souvent, lorsque des agences régionales de santé ou des groupements hospitaliers de territoire veulent procéder à des restructurations, ils se heurtent à une opposition syndicale ou politique. »
L'inertie et les défis pratiques
La situation actuelle est jugée injuste, car tous les hôpitaux ne se valent pas, comme le montrent les classements spécialisés. Sur le terrain, l'offre de soins reste éparpillée et manque de coordination. La Cour des comptes note que « seuls 26 groupements hospitaliers de territoire, sur les 135 existants, ont mis en place une direction commune à l'ensemble de leurs membres ». Pourtant, cette coordination est essentielle pour « favoriser les modalités de coopération et la mise en place de parcours de soins ».
La Cour décrit un mécanisme problématique : « Les fermetures de services sont les conséquences de l'absence de personnel soignant ou de compétences pour assurer la continuité des soins. » Ainsi, le manque de médecins, notamment d'anesthésistes, conduit à la fermeture de petites maternités, mais sans planification coordonnée.
Inspiration internationale et obstacles politiques
Selon Jérôme Goeminne, « il faudrait que l'État reprenne la main sur la restructuration des hôpitaux en France. On pourrait s'inspirer d'un pays comme le Danemark, qui a concentré les forces sur les actes lourds et les innovations technologiques sur quelques sites, tandis que les hôpitaux de proximité se consacrent à la médecine préventive. »
Cependant, cette transformation est loin d'être acquise, car chaque maire souhaite conserver « son » hôpital, et de nombreux acteurs économiques ont intérêt au statu quo. La Cour des comptes recommande au ministère de la Santé « d'évaluer la qualité du parcours de soins », une mesure jugée urgente pour améliorer l'efficacité et l'équité du système de santé français.



