Une psychiatrie en sursis à Millau
La tension était palpable ce vendredi 20 février autour de la machine à café du site Saint-Côme de l'hôpital de Millau. Loin des discussions habituelles entre collègues, les employés en blouse blanche avaient un seul sujet à l'ordre du jour : le sort du service de psychiatrie, plus que jamais menacé de disparition. La situation est devenue critique avec l'annonce du départ à la retraite, fin avril, du seul médecin psychiatre encore en poste, sans que son remplacement ne soit assuré.
Une confrontation nécessaire
Après avoir interpellé la maire et présidente du conseil de surveillance de l'hôpital, Emmanuelle Gazel, en conseil municipal la veille, le personnel hospitalier s'est retrouvé face au directeur de l'établissement, Benoît Durand. "La semaine dernière, lors d'une réunion, le directeur nous a dit prendre une décision sous une huitaine, on a trouvé ça hyper violent", expose Corine Mora, représentante de la CGT, soulignant l'urgence de la situation.
Une secrétaire du service a décrit concrètement le quotidien devenu impossible : "Aujourd'hui, on prend des rendez-vous mais on ne sait pas qui les assurera. Les patients nous demandent par qui ils seront pris en charge mais on ne peut pas leur répondre. Que va-t-on leur dire si on ne trouve pas de médecin ?"
Une pénurie qui s'aggrave
Comme de nombreux établissements en France, l'hôpital de Millau subit de plein fouet la pénurie de médecins. Un rapport présenté au Sénat en 2025 avait déjà alerté sur les difficultés de la psychiatrie française, notant que "la démographie médicale ne parvient pas, dans certains territoires, à répondre à la forte croissance des besoins".
La situation s'est encore dégradée récemment avec le départ d'un Praticien à diplôme hors Union européenne (Padhue) contraint de quitter le territoire français. Le directeur Benoît Durand a confirmé ses difficultés de recrutement : "On a des médecins, mais ils n'ont pas donné suite aux entretiens. Je veux garder le cinquième secteur dans le public. On a Sainte-Marie et le CHU avec qui travailler, les deux sont notre avenir et on essaie de se battre là-dessus."
Mobilisation générale demandée
Face à cette impasse, la quarantaine de personnes présentes a réclamé des rendez-vous urgents avec la préfecture et la direction de l'Agence régionale de santé. "Est-ce qu'il peut y avoir des injonctions de leur part ?", a interrogé Corine Mora, tandis que le directeur a reconnu explorer toutes les pistes, y compris demander à des médecins de Montpellier de venir à Millau sur leurs congés sans solde.
Une réunion avec tous les acteurs concernés a été sollicitée et devrait se tenir dans les prochaines semaines. L'objectif est de "sauver les meubles" avant le retour potentiel d'un Padhue dont le numéro RPPS (Répertoire Partagé des Professionnels de santé) est en cours de validation pour la France, attendu seulement en novembre.
Ces "trous dans la raquette", comme les qualifient les protagonistes, pourraient coûter cher à court terme aux patients du territoire. Dans une lettre ouverte publiée mardi soir, l'intersyndicale hospitalière évoquait déjà 73 postes en danger sur le site millavois, illustrant l'ampleur d'une crise qui dépasse le seul service de psychiatrie et menace l'ensemble de l'offre de soins locale.



