La PrEP injectable, une révolution dans la prévention du VIH, arrive en France
PrEP injectable : une révolution contre le VIH en France

La PrEP injectable, une avancée majeure dans la lutte contre le VIH

Alors que le Sidaction mobilise les 27, 28 et 29 mars pour collecter des dons essentiels à la recherche et à la lutte contre le sida, un nouvel outil de prévention fait son entrée en France : la PrEP injectable. Cette prophylaxie pré-exposition par injection représente un véritable tournant dans la prévention du VIH, alors que plus de 5 000 personnes découvrent encore chaque année leur séropositivité dans l'Hexagone.

Qu'est-ce que la PrEP injectable ?

La PrEP, ou prophylaxie pré-exposition, est un traitement médicamenteux qui permet d'éviter la contamination par le VIH lors de rapports sexuels à risques. Jusqu'à présent, elle n'était disponible que sous forme orale, via des comprimés à prendre quotidiennement ou à la demande autour des rapports sexuels. La version injectable, commercialisée sous le nom d'Apretude par le laboratoire ViiV Healthcare, simplifie considérablement le protocole : une seule injection dans le muscle fessier tous les deux mois, soit six injections par an.

Pour accéder à ce traitement, une ordonnance médicale est nécessaire, délivrable par tout médecin. Les pharmacies devront généralement commander le produit, qui n'est pas systématiquement en stock. L'injection peut être réalisée par un infirmier libéral ou dans les CeGIDD (Centres gratuits d'information, de dépistage et de diagnostic).

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Un contexte préoccupant de méconnaissance

Une enquête OpinionWay réalisée pour le Sidaction auprès de 1 516 jeunes de 15 à 24 ans révèle des lacunes persistantes dans la connaissance du VIH. 62% des jeunes interrogés n'ont pas utilisé systématiquement de préservatif dans leurs relations sexuelles au cours de l'année écoulée. Les fausses croyances demeurent répandues : 77% pensent que le VIH peut être transmis lors d'un rapport non protégé avec une personne séropositive sous traitement, 39% croient à une transmission par baiser, et 33% estiment que s'asseoir sur des toilettes publiques constitue un risque.

Plus inquiétant encore, 56% des jeunes déclarent ressentir de la honte à l'idée d'être séropositifs, témoignant d'une sérophobie persistante qui entrave la prévention et le dépistage.

La France, pionnière européenne

La France est le premier pays de l'Union européenne à prendre en charge la PrEP injectable à 100%, selon le gouvernement. Le parcours d'autorisation a été rapide : après l'avis favorable de l'Agence européenne des médicaments en septembre 2023 et de la Haute autorité de santé en mai 2024, le traitement est disponible depuis février 2026 et remboursé par l'Assurance maladie depuis le 2 mars.

Le choix s'est porté sur le carbotégravir plutôt que sur le lenacapavir (une injection tous les six mois disponible aux États-Unis) pour des raisons économiques. Jordan Lejeune, infectiologue au CHU de Montpellier, explique : "Le carbotegravir coûte à la Sécu moins de 650 euros par mois. Pour le lenacapavir, il faut compter 24 000 euros pour six mois." Ce dernier sera néanmoins disponible dans les pays les plus pauvres grâce à une médiation de l'Organisation mondiale de la santé, pour un coût annuel d'environ 40 euros.

Pour quels publics ?

La PrEP injectable constitue un traitement de deuxième intention, alternative à la PrEP orale. Elle s'adresse particulièrement à :

  • Les personnes souffrant d'insuffisance rénale
  • Celles qui ne tolèrent pas la PrEP orale
  • Les patients ayant des difficultés d'observance thérapeutique
  • Ceux qui souhaitent une plus grande discrétion

Le ministère de la Santé cible également les femmes, qui ne représentent que 6% des personnes sous PrEP en France. Actuellement, 40 000 à 50 000 personnes suivent un traitement PrEP en France, et le laboratoire ViiV Healthcare table sur 20 000 utilisateurs pour la version injectable.

Une véritable révolution préventive

Franck Marcé, de la Société française de lutte contre le sida, qualifie cette avancée de "game changer" dans la lutte contre le sida, susceptible de permettre d'envisager la fin de l'épidémie. Thibault Tarral, de l'association Envie à Montpellier, y voit un nouvel outil essentiel dans la stratégie "95, 95, 95" visant à éradiquer le sida.

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Jordan Lejeune insiste cependant sur la nécessité d'une information juste : "Ce n'est pas un traitement miracle, il existe un faible risque d'infection à des souches de VIH mutées et résistantes, qui ne circulent actuellement pas en France. Et ce n'est pas un vaccin. C'est un médicament." Malgré ces précautions, il reconnaît qu'il s'agit d'une véritable révolution dans la prévention du VIH, plus efficace en vie réelle que la PrEP orale arrivée il y a dix ans.

Pour accompagner ce déploiement, le CoReSS d'Occitanie organise un webinaire de formation des professionnels de santé le 5 mai, témoignant de l'importance accordée à cette nouvelle arme dans l'arsenal préventif contre le VIH.