Pourquoi collectionne-t-on ? Le psychiatre niçois Jean-Yves Giordana répond
Pourquoi collectionne-t-on ? Le psychiatre niçois répond

Plus d’un Français sur trois collectionne, selon une étude eBay x IFOP publiée en 2025. Le docteur Jean-Yves Giordana, psychiatre au Centre Hospitalier Sainte-Marie de Nice, a accepté de répondre aux questions de Nice-Matin sur cette pratique. Pour lui, collectionner n’est pas seulement un loisir, mais un comportement qui peut révéler certains traits de caractère.

Un loisir qui en dit long sur la personnalité

« C’est une activité qui peut être un loisir, une passion. Collectionner, c’est un comportement, une conduite », explique le docteur Giordana. Il précise qu’il n’y a pas de lien « forcément intangible avec une personnalité particulière », mais que certains traits de caractère reviennent souvent chez les collectionneurs. On retrouve ainsi des personnes qui développent des compétences et cherchent à être « de plus en plus pointus, de plus en plus performants dans leurs recherches ». Souvent, ces personnes font preuve d’une certaine rigidité dans leur façon d’accumuler, de rassembler et de classer les objets.

Cet intérêt n’est pas figé. « Il y a des gens qui collectionnent par moments, puis qui laissent tomber pour y revenir », note le psychiatre. Mais pour d’autres, cette activité représente « un pan important de leur vie ».

Combler un manque ou affirmer une expertise

Pourquoi commence-t-on à collectionner ? Le docteur Giordana avance plusieurs hypothèses : « Combler un manque, essayer de trouver quelque chose, de retrouver au travers de cette activité une identité ou encore une sorte de statut d’expert. » Ce dernier point est particulièrement visible chez les philatélistes, qui cherchent à être de plus en plus performants dans leurs recherches. Certains collectionneurs privilégient la quantité, d’autres la qualité.

Quand la collection devient pathologique

Le psychiatre alerte toutefois sur les dérives possibles. « Parfois les gens perdent le contrôle. Et on peut aller vers la pathologie », prévient-il. Il insiste sur la distinction entre collectionneur et accumulateur excessif. Les personnes qui accumulent de manière excessive ne sont pas des collectionneurs : on parle d’incurie ou de syndrome de Diogène. « Dans le Diogène les personnes sont très attachées à leurs biens, il y a une dimension affective prégnante. Mais je le redis : ici, on est très loin du collectionneur ! »

Selon l’étude eBay x IFOP publiée en 2025, 1,36 % des Français sont des collectionneurs actifs. Cette pratique touche toutes les générations et les milieux sociaux, comme le souligne Nice-Matin.