Une mobilisation citoyenne pour sauver la maternité de Pau
Le collectif Notre Maternité, votre avenir a rassemblé environ une centaine de personnes, ce samedi 7 mars, autour des halles de Pau. Cette marche pacifique visait à dénoncer le risque de fermeture de la maternité de la polyclinique Pau Pyrénées, anciennement appelée Navarre. L'incertitude plane toujours, car la direction du groupe bordelais GBNA Santé reste étrangement silencieuse sur l'avenir de l'établissement.
Un silence inquiétant de la direction
« Nous avons rencontré l’Agence régionale de santé (ARS), mi-décembre, afin d’obtenir des informations. Elle devait recevoir des réponses claires de la direction, fin décembre. À ce jour, elles ne sont toujours pas parvenues à l’ARS », indique Bénédicte Guerrin, pédiatre à la polyclinique Pau Pyrénées. Pourtant, depuis novembre, les salariés sont informés des lourdes pertes financières de l'établissement, mais ils attendent toujours les détails du plan de redressement promis par la direction.
Un déficit de 6 millions d’euros serait principalement dû à des baisses d'activité dans les services d'oncologie, des urgences et de la maternité. Alors que la polyclinique accompagnait plus de 1 200 naissances annuelles il y a quatre ans, elle n'en a enregistré que 850 l'année dernière, ce qui accentue les difficultés économiques.
Les répercussions sur le système de santé local
Début janvier, le directeur de l’hôpital de Pau a évoqué lors de ses vœux qu'une fermeture proche n'était pas à écarter. « Nous sommes en capacité techniquement de prendre en charge l’activité maternité de la clinique », a souligné Julien Rossignol. Cependant, cette affirmation est contestée par les professionnels de santé sur le terrain.
« Ce n’est pas comme cela que cela fonctionne. Les professionnels de la clinique comme de l’hôpital savent que les naissances ne sont pas lissées sur l’année. Il y a des jours sans accouchement et des jours d’affluence », s'agace Bénédicte Guerrin. Une sage-femme de la maternité de l’hôpital témoigne : « Déjà aujourd’hui, il arrive que nous soyons débordées à l’hôpital avec un manque de places pour accueillir les mamans. Régulièrement, on en transfère à la clinique dont la proximité est un atout considérable ».
Des conséquences dramatiques pour les familles
Dans l’hypothèse où l’hôpital devrait absorber les 850 naissances annuelles de la clinique, les transferts deviendraient plus fréquents et plus lointains. Les familles paloises pourraient être contraintes de se rendre à Tarbes, Dax, Mont-de-Marsan, Bayonne ou Saint-Palais pour donner naissance. « Nous serons contraints de réaliser beaucoup plus souvent des transferts et beaucoup plus loin », prévient une soignante.
Cette situation risquerait d'entraîner des sorties plus précoces de l’hôpital pour les jeunes mamans, compromettant le suivi post-accouchement essentiel. Perrine Willigens, sage-femme à la clinique, insiste sur l'importance de cet accompagnement : « Accompagnement de l’allaitement, baby-blues ou post-partum, autant de situations à prendre en charge durant les jours qui suivent la naissance ».
Les risques accrus pour la santé maternelle
Le post-partum est devenu la première cause de mortalité maternelle en France, avec des suicides de mères. Un rapport de l'Inserm en 2024 confirme cette tendance alarmante, indiquant qu'une femme en post-partum se suicide toutes les trois semaines. « Le post-partum est devenu la première cause de mortalité maternelle avec des suicides de mères », s'inquiète Perrine Willigens.
Selon les estimations de l'enquête nationale confidentielle sur les morts maternelles, 79 % de ces drames seraient évitables. La psychiatre Sarah Tebeka recommande de renforcer le dispositif postnatal, une mesure cruciale pour prévenir ces tragédies. « Nous ne voulons pas donner la vie à des orphelins », plaide la Paloise Perrine Willigens.
Un enjeu politique et citoyen
Le sujet s'est naturellement invité dans le débat des élections municipales à Pau. François Bayrou a assuré le 4 mars sur France 3 : « Nous sommes parfaitement en mesure » de faire face, rappelant avoir obtenu « la rénovation totale » du centre hospitalier palois et la création du pôle mère-enfant. Cependant, les manifestants restent sceptiques.
Parmi les participants à la marche, on pouvait apercevoir les candidats Jean-François Blanco, Jérôme Marbot et Pascal Boniface, ainsi que de jeunes parents avec leurs bébés et de nombreux soignants. Emmanuelle, une mère derrière sa poussette, témoigne : « J’ai fait le choix d’accoucher à Navarre qui est une petite structure pour bénéficier d’un accompagnement plus personnalisé. C’est une excellente maternité et il est fondamental que les femmes puissent continuer à avoir le choix ».
Le collectif Notre Maternité, votre avenir plaide pour que la direction de la polyclinique rencontre celle de l’hôpital avec l’ARS, afin de trouver une alternative viable à la fermeture de la maternité de Navarre. La mobilisation se poursuit pour préserver ce service essentiel à la santé des familles paloises.



