Odile Launay : le frein au vaccin est financier, pas scientifique
Odile Launay : le frein au vaccin est financier

Dans un entretien accordé au Monde, l'infectiologue Odile Launay dresse un constat sans appel : l'obstacle principal au développement de nouveaux vaccins n'est pas d'ordre scientifique, mais bel et bien financier. Selon elle, la recherche vaccinale pâtit d'un sous-investissement chronique, alors même que les défis sanitaires mondiaux se multiplient.

Un déséquilibre entre besoins et investissements

Odile Launay souligne que les connaissances scientifiques actuelles permettraient de concevoir des vaccins contre de nombreuses maladies infectieuses, mais que les laboratoires privés se montrent réticents à investir dans des domaines jugés peu rentables. « Les maladies qui touchent principalement les pays à faibles revenus ne suscitent pas l'intérêt des industriels, car le retour sur investissement est incertain », explique-t-elle. Cette situation crée un déséquilibre préoccupant entre les besoins sanitaires mondiaux et les ressources allouées à la recherche.

Le rôle clé des financements publics

Pour l'infectiologue, la solution réside dans un engagement accru des pouvoirs publics. Elle plaide pour la mise en place de mécanismes de financement innovants, tels que des fonds dédiés ou des partenariats public-privé, afin de soutenir la recherche sur les vaccins orphelins. « Il est impératif que les États prennent leurs responsabilités et investissent dans des projets de santé publique, même si ceux-ci ne promettent pas de profits immédiats », insiste-t-elle.

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Des exemples encourageants

Odile Launay cite néanmoins quelques réussites récentes, comme le développement rapide de vaccins contre la Covid-19, qui a bénéficié de financements publics massifs. « Cela prouve que lorsque la volonté politique est là, la recherche peut avancer très vite », note-t-elle. Toutefois, elle regrette que cet élan ne se soit pas prolongé pour d'autres maladies, comme la dengue ou le chikungunya, qui continuent de faire des ravages dans les régions tropicales.

Un appel à une prise de conscience collective

L'infectiologue appelle à une mobilisation générale des décideurs politiques, des institutions internationales et de la société civile. Elle insiste sur l'urgence de repenser les modèles de financement de la recherche vaccinale, afin de ne pas laisser des populations entières sans protection. « Nous avons les outils scientifiques, il nous manque la volonté financière. C'est un choix de société que nous devons faire », conclut-elle.

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