Le Centre spécialisé obésité de Bordeaux : un suivi intensif pour 800 patients annuels
Le Centre spécialisé obésité (CSO) du CHU de Bordeaux, situé à l’hôpital Haut-Lévêque de Pessac, prend en charge environ 800 personnes en surpoids morbide chaque année. Ce suivi combine des aspects médicaux et psychologiques pour aider les patients à améliorer leur hygiène de vie, leur image corporelle et leur santé globale. Selon les dernières études épidémiologiques, près d’un Français sur deux est en surpoids, et 18 % de la population adulte française souffre d’obésité, avec la Nouvelle-Aquitaine parmi les régions les plus touchées.
Ateliers d'hygiène de vie : un espace de parole et d'apprentissage
Lors d’un atelier « hygiène de vie » au CSO, des patientes comme Annella, Rachida, Mireille, Annie et Pauline partagent leurs expériences. Hospitalisées pour une semaine sur recommandation de leur médecin-traitant, elles abordent des thèmes comme l’alimentation équilibrée, l’activité physique, la qualité du sommeil et le bien-être corporel. Animé par le docteur Adeline Dufresne, endocrinologue, avec l’infirmière Julie et l’aide-soignante Agnès, cet atelier vise à fournir des outils sans culpabilisation.
Mireille, qui utilise un déambulateur, exprime ses difficultés : « Je sais tout ça, et pourtant je fais n’importe quoi. La flemme et la difficulté à bouger me bloquent chez moi. » Annella et Rachida, étudiantes à Bordeaux, soulignent les obstacles financiers et temporels : « Comment voulez-vous qu’on prenne en charge notre problème de poids avec un budget-repas ridicule et pas de temps ? » Elles bénéficient de dons alimentaires, mais avouent parfois opter pour des produits industriels peu coûteux.
Une évaluation globale au-delà de la perte de poids
Le docteur Dufresne explique que l’objectif n’est pas la perte de poids immédiate, mais une évaluation complète. « L’obésité est souvent complexe, le poids n’est pas le seul problème. Nous leur apportons des outils pour qu’ils puissent ensuite se prendre en charge. » Durant la semaine, les patients participent à des ateliers d’activité physique, de nutrition, et rencontrent des nutritionnistes, chirurgiens bariatriques et psychologues, tout en subissant des examens médicaux.
Rachida décrit les freins psychologiques : « Je suis devenue phobique du dehors, du regard des autres. Je me sens obligée de me préparer des heures pour être visible. » Pauline ajoute : « Quand je monte dans un bus, je suis gênée parce que je prends trop de place. » Ces moments de complicité permettent aux patients de se raconter avec humour, créant un pas de côté dans leur parcours.
Soins personnalisés et aggravation des cas en Nouvelle-Aquitaine
La France compte 42 centres labellisés CSO, dont quatre en Nouvelle-Aquitaine (Bordeaux, Pau, Poitiers et Limoges). Le docteur Maud Monsaingeon, endocrinologue, note une complexification des cas depuis 2012. « Nous observons une aggravation avec des patients de plus en plus jeunes, impactés physiquement et psychologiquement. La précarité n’arrange rien. » Le CSO établit un projet de soins personnalisés sur huit semaines, avec un suivi hebdomadaire après l’hospitalisation.
Annie, en invalidité après avoir perdu son emploi, partage son sentiment d’impuissance : « Si je perds du poids, je pourrai à nouveau être mobile et rencontrer des gens. Mon rêve ? Aller en forêt avec des amis. » Les soignants, sans jugement, accompagnent ces parcours individuels, soulignant l’importance d’une approche holistique face à l’obésité, une maladie aux conséquences graves comme le diabète, les maladies cardiovasculaires et les cancers.



