Autisme : les nouvelles recommandations de la HAS pilotées par la Montpelliéraine Amaria Baghdadli
Nouvelles recommandations HAS sur l'autisme pilotées à Montpellier

Autisme : une feuille de route renouvelée pilotée depuis Montpellier

La maternelle Jean Ponsy de Grabels, dans l'Hérault, illustre parfaitement le concept d'école inclusive en accueillant des enfants présentant un trouble du spectre autistique. Cette approche éducative s'inscrit dans le cadre des nouvelles orientations nationales récemment dévoilées.

Une expertise montpelliéraine au cœur des nouvelles recommandations

Le Professeur Amaria Baghdadli, pédopsychiatre au CHU de Montpellier et responsable du service de médecine psychologique pour enfants et adolescents Peyre-Plantade, a coprésidé le groupe de travail de la Haute Autorité de Santé (HAS) sur la prise en charge de l'autisme. Aux côtés de Sophie Biette, mère d'une jeune femme autiste et ancienne vice-présidente de l'Unapei, elle a contribué à l'élaboration de ces recommandations présentées le 12 février 2026.

« Les dernières recommandations dataient de quatorze ans. En santé et dans le domaine scientifique, les évolutions peuvent être très sensibles, et cela a été le cas pour l'autisme », explique le Pr Baghdadli. « Les politiques de santé publique ont évolué, l'attente des familles aussi… Une réactualisation était donc nécessaire. Nous avons travaillé deux années complètes sur ce rapport. »

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Les points clés des nouvelles orientations

Plusieurs éléments fondamentaux caractérisent ces nouvelles recommandations :

  • Diagnostic précoce : Le parcours de prise en charge doit débuter par un repérage rapide des signes inquiétants dans le développement de l'enfant.
  • Coordination du parcours : Les plateformes de coordination et d'orientation (PCO), présentes dans tous les départements, doivent faciliter la mise en place de soins sans attendre un diagnostic formalisé.
  • Place centrale des familles : Les parents deviennent des partenaires essentiels dans la co-construction du parcours de soins, avec un accompagnement spécifique pour les guider et les former.
  • Approche raisonnée des psychotropes : La prescription médicamenteuse ne doit plus être systématique mais justifiée, limitée dans le temps et clairement expliquée.
  • Travail sur la communication sans prérequis : L'accent est mis sur le développement des capacités de communication, même en l'absence de langage verbal, grâce à des méthodes alternatives.

« L'autisme, ça fait mal aux vies, des enfants, des adolescents, de leurs parents », souligne le Pr Baghdadli avec émotion. « Pourtant, je rencontre quotidiennement des personnes d'un courage exemplaire. »

Des défis persistants malgré les avancées

Le rapport met en lumière des difficultés concrètes : 46% des demandes de scolarisation notifiées ne sont pas satisfaites, et les listes d'attente pour les instituts médico-éducatifs (IME) se comptent en années. « Les moyens existent, mais il faudrait qu'ils soient utilisés correctement là où ils sont attribués », analyse la spécialiste.

Elle reconnaît cependant les progrès accomplis depuis 2012 : « Les PCO n'existaient pas à l'époque. Les centres médico-psycho-pédagogiques (CMPP) et les centres d'action médico-sociale précoce (CAMSP) ont été renforcés. Dans les écoles, des dispositifs inclusifs ont été mis en place, même si les places restent insuffisantes. »

Clarification des approches thérapeutiques

Le rapport apporte des précisions importantes sur les méthodes de prise en charge :

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  1. La psychanalyse, le Snoezelen et la méthode des 3i ne sont pas retenues faute de preuves suffisantes de leur efficacité.
  2. Les méthodes développementales et comportementales utilisant les principes de l'ABA (analyse appliquée du comportement) sont privilégiées.
  3. Le packing (enveloppement dans des linges humides et froids) est clairement identifié comme une pratique de maltraitance.
  4. La prescription massive de psychotropes est également considérée comme une forme de maltraitance.

« Les personnes autistes sont d'abord des personnes », insiste le Pr Baghdadli. « Si on fait le parallèle avec le diabète, donner des psychotropes inutilement, c'est comme administrer de l'insuline à des personnes qui n'en ont pas besoin. »

Une responsabilité collective

Avec ces nouvelles recommandations, « on ne pourra pas dire qu'on ne savait pas », affirme la pédopsychiatre montpelliéraine. Elle appelle à une application généralisée dans toutes les structures, qu'elles relèvent du secteur sanitaire, médico-social ou libéral.

Au CHU de Montpellier, un MOOC sur les troubles du neurodéveloppement a déjà attiré 45 000 participants, constituant une première européenne significative dans la formation des professionnels. Cette initiative illustre l'engagement concret pour améliorer la prise en charge des personnes autistes et de leurs familles.