Montclar : un village de 133 habitants crée un centre de télé-expertise en dermatologie, une première en France
Montclar : 133 habitants, télé-expertise en dermatologie, une première

Le village de Montclar, dans le Sud-Aveyron, est devenu le premier en France à proposer un centre communal de télé-expertise en dermatologie. Située entre Réquista et Saint-Affrique, cette commune de 133 habitants a mis en place ce dispositif il y a une semaine, avec le soutien de la plateforme Skinmed et de deux infirmières libérales. Le succès est déjà au rendez-vous : les demandes de rendez-vous affluent de tout l'Aveyron et même du Tarn.

Un dispositif né face à la pénurie de dermatologues

Comme beaucoup de communes rurales, Montclar est confrontée à des difficultés d'accès aux soins, particulièrement en dermatologie. « Il faut au moins un an pour obtenir un rendez-vous… et parfois, on n'a tout simplement pas de réponse », déplore Marina Vidal-Condomines, maire du village. Face à cette situation, l'édile a décidé d'agir. La commune a d'abord lancé des téléconsultations assistées, avant de créer une Maison info services solidaires (Miss) dans l'ancienne école primaire, devenue la mairie. Ce lieu regroupe l'agence postale, une permanence France services et désormais une offre santé.

Le nouveau centre de télé-expertise en dermatologie fonctionne grâce à la collaboration de la municipalité et de deux infirmières libérales. La secrétaire de mairie, avec l'aide de la maire, gère la prise de rendez-vous par téléphone. Les infirmières, qui donnent de leur temps généralement une après-midi par semaine, accueillent ensuite les patients.

Un processus encadré par la plateforme Skinmed

La plateforme Skinmed, fondée par Jennifer Gauthier, fournit un kit matériel aux infirmières. « Elles prennent trois clichés via des angles différents du grain de beauté via notre application et un dermatoscope », explique la présidente. Après plusieurs questions ciblées, un dossier patient est constitué. Un dermatologue rémunéré par Skinmed analyse ensuite la situation et donne son diagnostic quelques jours plus tard. La plateforme s'appuie sur un réseau de professionnels de santé français, dont une grande majorité de praticiens à la retraite.

« Si besoin, une lettre de recommandation est fournie afin de faciliter la prise en charge chez un dermatologue libéral ou à l'hôpital », ajoute Jennifer Gauthier. L'objectif est double : faciliter le quotidien des Aveyronnais et désengorger les salles d'attente des praticiens pour les cas bénins. « Les délais avant d'obtenir un rendez-vous sont tellement longs que certaines personnes ne prennent pas le temps de surveiller leurs lésions », complète-t-elle.

Un coût modeste pour la commune, un succès immédiat

Pour le patient, ce service sera bientôt facturé une dizaine d'euros, afin que la commune rentre dans ses frais. La municipalité débourse 225 € par mois pour payer les licences professionnelles des infirmières à la plateforme. « C'est tellement compliqué ici, on ne peut pas laisser les gens sans rien. Le problème, c'est que cette dépense entre dans notre budget de fonctionnement, donc on ne peut pas bénéficier d'aides », explique Marina Vidal-Condomines, par ailleurs éleveuse de brebis.

L'initiative est née d'une découverte de la maire et de son conseil municipal, qui ont vu ce système fonctionner dans une pharmacie en Dordogne. Dès l'ouverture, la mairie a été prise d'assaut. « Nos téléphones ne font que sonner », sourit l'édile. Des patients de tout l'Aveyron et même du Tarn ont déjà pris rendez-vous, alors que le projet est naissant. Une mobilisation qui pourrait inspirer d'autres communes et territoires voisins confrontés aux mêmes difficultés d'accès aux soins.