Gilles Pialoux : quand la médecine rencontre la littérature dans un hommage aux oubliés
Médecine et littérature : l'hommage de Gilles Pialoux

Gilles Pialoux : la rencontre entre médecine et littérature

Il existe deux nations sur notre planète : celle des personnes malades et celle des individus en bonne santé. Toutes les autres distinctions semblent fictives, bien que cela ne les empêche pas de s'affronter violemment. Une fois de plus, on constate le silence des responsables écologistes face aux milliers de tonnes d'explosifs déversés quotidiennement sur le globe. Devrions-nous assister à l'émergence de missiles biologiques ?

Le rôle essentiel des médecins

En période de paix, les médecins jouent un rôle important ; durant les conflits, ils deviennent absolument essentiels car le nombre de patients augmente considérablement. Gilles Pialoux, chef de service des maladies infectieuses et tropicales à l'hôpital Tenon, a publié à la fin de l'année dernière un ouvrage substantiel intitulé Admirations aux éditions Perrin, au prix de 22,90 euros. Ce livre explore sa passion profonde, qui se confond avec son métier.

Reconnu comme l'un des grands spécialistes français du sida, il déclare : « Environ 3 000 malades sont passés par ce bureau ». En parallèle de sa carrière médicale, Gilles Pialoux est également l'auteur de deux romans publiés chez Mialet-Barrault, démontrant ainsi son double engagement professionnel.

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Médecins et écrivains : une complémentarité fascinante

Les médecins et les écrivains représentent respectivement l'ingénieur du corps et le mécanicien de l'âme. En évoquant des figures littéraires comme Tchekhov et Boulgakov, Pialoux exprime cependant une certaine déception personnelle. Il avoue que les Récits d'un jeune médecin de Boulgakov lui ont « cassé les pieds », alors qu'il s'agit pour beaucoup de l'un des plus beaux textes jamais écrits sur la médecine.

Ce recueil, publié en 1925 et 1926, compte parmi les rares manuscrits que Boulgakov a vu paraître de son vivant, ajoutant ainsi à sa valeur historique et littéraire.

Le baron Larrey : une figure médicale inspirante

Comme l'indique son titre quelque peu sibyllin, le livre du Dr Pialoux met en lumière des médecins et chercheurs que l'Histoire a souvent laissés dans l'ombre, à l'exception notable de Marie Curie. Parmi ses préférés figure le baron Larrey, l'inventeur de l'ambulance moderne.

Il fallait un aristocrate pour découvrir qu'un blessé est plus à l'aise entre deux roues qu'entre deux béquilles, souligne Pialoux avec une pointe d'ironie. Avant cette innovation révolutionnaire, les soldats blessés aux jambes ou aux pieds éprouvaient les plus grandes difficultés à regagner leur cantonnement.

L'ouvrage Le Baron Larrey. Chirurgien de Napoléon d'André Soubiran, publié en 1966, constitue l'une des premières lectures médicales de Pialoux, découverte vers l'âge de 11 ou 12 ans. Cette initiation fut suivie par la découverte des œuvres d'A. J. Cronin (1896-1981) et Frank Slaughter (1908-2001), deux écrivains qui étaient également médecins de profession.

Portraits intimes et révélations personnelles

Entre chaque portrait savamment dressé – qu'il s'agisse de l'ahurissant Zénon Drohocki, de la pillée Marthe Gautier ou du découvreur Alexandre Yersin – Pialoux laisse échapper des fragments d'autobiographie poignants. Il n'hésite pas à exprimer son émotion en évoquant le décès tragique de sa petite sœur Corinne, disparue à l'âge de 8 mois seulement.

À la source de chaque vocation médicale, il y a un secret, qui est souvent une blessure personnelle, révèle-t-il avec pudeur. Le médecin se contente de présenter les faits cliniques, tandis que l'écrivain s'attache à les organiser et à leur donner du sens.

La modestie du praticien face à la maladie

Pialoux souligne avec humilité que face au corps humain, le médecin ne peut finalement pas grand-chose. Son beau livre dégage une vibration particulière, celle du diagnostic posé avec précision et humanité. Il note également un paradoxe intéressant : les médecins répugnent souvent à se soigner eux-mêmes, surtout lorsqu'ils sont également écrivains.

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Cette réticence s'expliquerait par leur vieille camaraderie avec la mort, une relation complexe qui façonne leur perception du soin et de la maladie. À travers ces réflexions profondes, Gilles Pialoux nous offre un témoignage unique sur les liens intimes entre médecine et littérature, entre science et humanité.