Mars Bleu : Le slogan choc "Va chier" divise pour sensibiliser au cancer colorectal
Mars Bleu : Le slogan "Va chier" divise pour le cancer colorectal

Mars Bleu : Une campagne de prévention qui choque pour sauver des vies

C'est le deuxième cancer le plus mortel en France, avec 47 500 nouveaux cas chaque année, mais il reste entouré d'un silence gênant. Pour briser ce tabou, la Ligue contre le cancer a lancé le 1er mars sa campagne annuelle Mars Bleu avec un slogan délibérément provocateur : "Va chier". Cette approche audacieuse divise profondément l'opinion publique tout en réussissant son pari : faire parler du cancer colorectal.

Un slogan qui provoque des réactions passionnées

Sur les réseaux sociaux, les réactions sont extrêmement polarisées. Certains internautes expriment leur indignation face à ce qu'ils perçoivent comme de la vulgarité gratuite. "Je ne trouve pas que l'emploi de mots grossiers soit approprié ! On nous prend pour des demeurés incultes", proteste totote_2 sur Instagram. Jacd13 renchérit : "C'est tout à fait d'époque... vulgaire grossier. On peut faire une campagne sans tomber dans la fosse septique".

Mais les soutiens sont tout aussi nombreux et enthousiastes. "J'adoooore", s'exclame lolith studio, tandis que lafanette applaudit : "Bravo les créa". Lapraline92 résume l'argument principal des défenseurs de la campagne : "Mieux vaut un petit examen qu'une poche à m**de pour le reste de sa vie non ?".

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Huit personnalités s'engagent pour la cause

La campagne met en scène huit personnalités françaises qui ont accepté de prêter leur image à cette cause de santé publique. On retrouve le comédien Franck Dubosc, les chanteuses Suzane et Marine Leonardi, l'influenceuse Paola Locatelli, l'humoriste Kyan Khojandi, le champion olympique d'escrime Enzo Lefort, la chroniqueuse de mode Mademoiselle Agnès et l'architecte Anthony Authié.

Chacun pose près d'une cuvette de toilettes sur un fond bleu sobre, avec le slogan controversé bien visible. La Ligue contre le cancer assume pleinement cette stratégie de communication choc, expliquant qu'il s'agit d'"un slogan choc pour sauver des vies" dont l'objectif principal est d'"inciter les 50-74 ans à réaliser leur test de dépistage".

Un dépistage crucial mais trop peu pratiqué

Les chiffres révèlent l'urgence de la situation : seulement un tiers des personnes éligibles (soit 2,5 à 3 millions de personnes) effectuent le test de dépistage recommandé tous les deux ans pour les 50-74 ans. Pourtant, le seuil européen considéré comme acceptable est fixé à 45%, avec un objectif idéal de 65%.

Cette faible participation est d'autant plus préoccupante que le cancer colorectal présente un taux de guérison exceptionnel de plus de 90% lorsqu'il est détecté précocement. Le dépistage permet soit de repérer un polype avant qu'il n'évolue en cancer, soit de détecter un cancer à un stade très précoce.

Les freins culturels et psychologiques

Interrogée par Ouest France, le Dr Zeineb Lounici, radiologue au CHU de Bordeaux et présidente de la commission dépistages et prévention à la Ligue contre le cancer, analyse les obstacles : "Il y a sûrement des freins culturels, psychologiques, des problèmes d'information et d'accès aux soins, et surtout un tabou lié à la localisation de ce cancer et au fait de devoir prélever des selles".

Le test, pourtant simple et gratuit, se fait à domicile par un prélèvement de selles à l'aide d'un kit disponible en pharmacie, chez son médecin ou commandable en ligne. Mais la nature même de l'examen constitue un frein majeur à son adoption.

Une stratégie de communication assumée

Dans les médias et sur les réseaux sociaux, la virulence du slogan est généralement justifiée par son objectif de santé publique. La plupart des commentateurs admettent que la vulgarité du propos est détournée pour inciter à un geste de protection vital.

La campagne s'accompagne de gadgets promotionnels comme des mugs ou des T-shirts, et d'un Colon Tour qui sillonnera plusieurs départements français au cours des prochaines semaines pour sensibiliser directement la population.

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La France à la traîne en matière de dépistage

Selon l'Organisation européenne du cancer, si la France obtient de bons résultats pour soigner les cancers, le pays reste néanmoins à la traîne pour le dépistage, notamment du cancer du sein et du cancer colorectal. Cette campagne Mars Bleu s'inscrit donc dans un effort plus large pour combler ce retard.

Reste maintenant à mesurer dans les prochains mois l'efficacité réelle de cette campagne qui n'a pas laissé indifférent. Entre provocation assumée et message de santé publique, Mars Bleu aura au moins réussi à briser le silence autour d'un cancer qui tue encore trop souvent par manque de dépistage précoce.