La Maison des femmes de Béziers : un havre de paix pour les victimes de violences familiales
Depuis son inauguration le 10 juin 2025, la Maison des femmes de Béziers s'est imposée comme un refuge indispensable pour les victimes de violences intrafamiliales. Située à proximité immédiate du centre hospitalier, cette structure unique dans l'Hérault a déjà accueilli 223 femmes âgées de 17 à 86 ans, chacune avec son histoire douloureuse mais un besoin commun : être écoutée, protégée et accompagnée dans sa reconstruction.
Une approche respectueuse du rythme de chaque femme
La philosophie de la Maison des femmes repose sur un principe fondamental : ne pas décider à la place des femmes mais respecter leur temporalité et leurs choix. "Déjà, il faut accepter de venir et faire la première démarche. Ensuite, c'est un accompagnement qui peut être long et qui respecte la temporalité de chacune", explique le docteur Marie-Ange Gau, médecin urgentiste et référente de la structure. Il n'est pas nécessaire d'avoir déposé plainte ni d'avoir quitté le conjoint violent pour bénéficier de ce soutien.
L'équipe pluridisciplinaire rassemble des compétences variées :
- Médecins et psychologues
- Infirmières et sages-femmes
- Assistantes sociales et juristes
Mais cette expertise technique ne suffit pas sans une formation spécifique aux mécanismes complexes des violences conjugales et de l'emprise psychologique.
La formation indispensable des professionnels
"Si l'on n'est pas formé, on peut se laisser submerger par la violence et le traumatisme des patientes", souligne Marie-Ange Gau. Une formation approfondie permet aux professionnels de :
- Détecter les violences souvent invisibles lors de consultations pour d'autres problèmes
- Comprendre les stratégies des agresseurs et éviter de reproduire les mécanismes d'emprise
- Gérer leur propre sensibilité tout en restant attentifs aux besoins spécifiques des femmes
Delphine Ramajo, cadre supérieure de santé du pôle Femme-mère-enfant de l'hôpital, insiste : "Il faut parfois accepter que ce ne soit pas encore le bon moment pour certaines patientes."
Les conséquences profondes des violences familiales
Les violences intrafamiliales laissent des traces bien au-delà des blessures visibles. Le stress post-traumatique entraîne des conséquences organiques réelles, et selon des études citées par l'Organisation mondiale de la santé, ces femmes peuvent perdre de une à quatre années de vie en bonne santé.
Les enfants constituent également des victimes invisibles de ces situations. Emmanuelle Mallié, puéricultrice, travaille en étroite collaboration avec l'unité hospitalière d'accueil des enfants en danger pour évaluer et soutenir les jeunes exposés aux violences. "Protéger la mère, c'est protéger les enfants", insiste Marie-Ange Gau, déconstruisant le mensonge souvent utilisé par les agresseurs qui menacent les femmes de leur retirer leurs enfants.
Redonner aux femmes leur capacité de décision
Face aux mécanismes psychologiques complexes de l'emprise, l'accompagnement vise principalement à redonner aux femmes leur autonomie décisionnelle. "Notre objectif, c'est qu'elles puissent être en sécurité, avec leurs enfants, et qu'on leur redonne la possibilité de redevenir des sujets de leur propre vie", explique Delphine Ramajo.
Les obstacles pratiques restent cependant nombreux :
- Problématiques de logement et de finances
- Questions liées à la scolarité des enfants
- Difficultés administratives et juridiques
Une structure aux multiples facettes
La Maison des femmes de Béziers abrite en réalité trois entités distinctes :
- L'espace Delphine, dédié à la prise en charge des femmes victimes de violences intrafamiliales
- Une unité spécialisée dans les violences sexuelles récentes (moins de sept jours)
- Un centre de santé sexuelle informant sur la contraception, la santé des jeunes de 16 à 25 ans, et l'accès à l'IVG
Financement et projets d'avenir
Si la mairie et l'Agglo de Béziers ont financé les travaux des locaux, le fonctionnement repose sur des dotations de l'Assurance Maladie via l'ARS Occitanie et du Département. Malgré ces soutiens institutionnels, les budgets restent limités face aux nombreux projets de développement :
- Pérennisation des ateliers de relaxation
- Mise en place de sessions de socioesthétique
- Création d'une chorale pour aider les femmes à "trouver leur voix propre"
La structure fait appel au mécénat et aux dons déductibles d'impôts, qui peuvent être envoyés à l'ASHB (Actions solidarité hôpital de Béziers) ou via les plateformes en ligne dédiées.
Un combat de société qui dépasse le cadre médical
Pour les équipes engagées de la Maison des femmes, l'enjeu dépasse largement la simple prise en charge médicale. "C'est une problématique qui nous concerne tous, hommes et femmes", insiste Marie-Ange Gau, rappelant l'augmentation préoccupante du nombre de féminicides en 2025.
Le film "La maison des femmes" de Mélisa Godet, consacré à la première structure de ce type créée à Saint-Denis en 2016, met en lumière avec justesse ces parcours douloureux et l'importance cruciale d'une prise en charge collective et bien formée.
La Maison des femmes de Béziers représente ainsi bien plus qu'un simple lieu d'accueil : c'est un espace de reconstruction, de réappropriation de soi, et un acteur essentiel dans la lutte contre les violences faites aux femmes dans l'Hérault et au-delà.



