Ligne d'écoute pédophilie : 4 500 appels en 2025, un dispositif qui fête ses cinq ans
En 2025, pas moins de 4 500 personnes ont composé le numéro vert 0 806 23 10 63. Cette ligne téléphonique confidentielle et anonyme est spécifiquement destinée aux individus ressentant une attirance sexuelle pour les enfants, à leurs proches inquiets, ainsi qu'aux professionnels de santé en recherche d'informations et de conseils. Une croissance significative est à noter : en l'espace de cinq années seulement, le volume d'appels reçus a été multiplié par trois. En janvier 2026, ce dispositif essentiel, lancé par la Fédération française des Centres ressources pour les intervenants auprès des auteurs de violences sexuelles (Criavs), a célébré son cinquième anniversaire.
Une nécessité pour briser l'isolement et prévenir le passage à l'acte
Le docteur Mathieu Lacambre, psychiatre à l'origine de cette initiative, insiste sur son caractère indispensable. « Je travaille en milieu carcéral et beaucoup de personnes me disent qu'elles ont tenté de demander de l'aide mais sans trouver d'interlocuteur », témoigne-t-il. « Certains patients consultent des psychologues, mais des professionnels leur demandent parfois de quitter le cabinet et les menacent même d'appeler la police. »
Il soulève une distinction fondamentale souvent méconnue : « Les psys et la population générale considèrent encore que la pédophilie est une infraction. Il y a une différence entre la pédophilie et la pédocriminalité. L'une est un trouble psychiatrique, l'autre est le passage à l'acte qui constitue une infraction. On n'est pas responsable de ses fantasmes, mais on est responsable de ses actes. »
L'objectif premier de cette ligne est précisément de limiter les risques de passage à l'acte. Chaque appel est d'abord accueilli par une secrétaire spécialement formée, qui organise ensuite une évaluation téléphonique avec un clinicien. Cette évaluation peut déboucher sur une orientation vers une prise en charge adaptée si la situation l'exige.
Un service anonyme face à une réalité méconnue
« Avec cette ligne d'écoute, notre idée était de proposer une prise en charge, une évaluation et une orientation pour les personnes attirées par des mineurs », explique Mathieu Lacambre. « Dans la population générale des pays occidentaux, les fantasmes sexuels impliquant des mineurs concernent 10 à 15 % de la population. » L'appel, totalement anonyme et non surtaxé, permet à l'appelant d'être redirigé vers un interlocuteur local en fonction de son département de résidence.
Dans environ 10 % des situations, les appels aboutissent à une orientation vers un parcours de soin. Ce soin peut être dispensé dans un établissement hospitalier, par un professionnel libéral formé, ou directement au sein de certains centres Criavs.
Le psychiatre justifie la nécessité de ce service par un contexte alarmant : « Actuellement, il y a une explosion de la consultation d'images pédopornographiques au niveau mondial. Les flux sont de plus en plus importants et les contenus de plus en plus violents. Il fallait absolument proposer une alternative. Des études des années 2010 ont révélé qu'avant la réalisation d'une infraction, une fois sur deux, les patients avaient cherché de l'aide car ils craignaient un passage à l'acte. »
Il tient à préciser un point crucial : « Toutes les personnes attirées sexuellement par des mineurs n'ont pas envie d'agresser des mineurs. Elles peuvent demander de l'aide, donc il faut leur apporter une réponse cohérente. C'est aussi simple que cela. »
Le profil des appelants et les modalités de prise en charge
Qui sont les personnes qui contactent cette ligne ? « Dans huit appels sur dix, ce sont des personnes ayant un intérêt sexuel pour les enfants, mais sans être au bord du passage à l'acte », détaille le psychiatre. « Pour eux, il y a souvent de la souffrance, une vraie demande d'aide, avec la difficulté de s'exprimer sur un sujet tabou. Il y a de la honte et de la culpabilité. Deux fois sur dix, ce sont des familles inquiètes pour un proche, un conjoint ou un enfant mineur. Il y a aussi des professionnels de santé qui appellent pour obtenir des clés afin d'accompagner leurs patients. » En 2025, 90 % des appelants étaient des hommes, avec un âge moyen de 37,4 ans.
La pédophilie est reconnue comme un trouble psychiatrique qui peut faire l'objet d'un traitement. La prise en charge, encadrée par des recommandations de la Haute Autorité de santé datant de 2009, vise à aider le patient à développer des relations affectives et sexuelles saines avec des partenaires en capacité de consentir.
Les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) sont utilisées pour travailler sur les schémas de pensée. « Le psychiatre peut également prescrire certains antidépresseurs à fortes doses, capables de réduire l'envahissement psychique lié aux fantasmes, sur le modèle du traitement des TOC », indique Mathieu Lacambre. « Face à des comportements à risque, il est aussi possible de proposer des médicaments pour freiner la libido, en faisant chuter les taux de testostérone, ce qui permet de retrouver une disponibilité psychique pour travailler en TCC. »
Le psychiatre rappelle enfin un facteur important : « Au moins un tiers des agresseurs pédosexuels ont subi des violences sexuelles dans leur enfance. Il faut évaluer s'il s'agit d'une pédophilie primaire exclusive ou de la conséquence d'un traumatisme sexuel infantile précoce. » Cette nuance est essentielle pour adapter la prise en charge et prévenir efficacement les violences.



