L'excellence médicale au service des grands brûlés à Toulon
Plusieurs semaines après le drame de Crans-Montana qui a profondément marqué les esprits, notre rédaction a pu pénétrer dans l'intimité du service des grands brûlés de l'Hôpital national d'instruction des armées Sainte-Anne de Toulon. Bien que cet établissement n'ait finalement pas été sollicité pour accueillir des victimes de la catastrophe suisse, contrairement à d'autres hôpitaux militaires et centres spécialisés français, il demeure une référence incontournable dans la prise en charge des brûlures graves.
Une unité spécialisée au rayonnement régional
Créée en 1962 et devenue autonome en 1990, cette unité dédiée aux grands brûlés dispose de six lits en réanimation et réalise environ 650 opérations annuelles. Son territoire d'intervention s'étend de la frontière italienne jusqu'aux Bouches-du-Rhône, l'hôpital de la Conception à Marseille prenant le relais sur la partie est de la région. « Nous tournons à un rythme soutenu », confirme l'équipe médicale.
L'activité principale du service provient des accidents domestiques, avec en tête de liste les cuisiniers, les bricoleurs et, de manière plus surprenante, les utilisateurs de bouillottes. « Il faut respecter la date de péremption, les remplir à moitié mais surtout pas avec de l'eau bouillante supérieure à 60 degrés », alertent Fanny et Céline, deux infirmières du service. « Les bouillottes explosent et causent des brûlures graves ».
Des drames qui marquent la mémoire collective
Parmi les accidents les plus graves récents, l'équipe se souvient particulièrement du drame survenu à Cannes fin novembre 2024. Sur la terrasse du restaurant Le Caveau 30, une serveuse bousculée alors qu'elle rechargeait une lampe chauffante à éthanol a accidentellement embrasé le liquide, provoquant des brûlures chez cinq personnes dont trois grièvement atteintes. Julia, la plus touchée, a vu quasiment tout son corps abîmé, nécessitant des prélèvements de peau sur son crâne et ses jambes.
« Je viens encore d'échanger avec elle ce matin. On suit un grand brûlé pendant près de deux ans », glisse la médecin militaire Anne-Sophie, cheffe de service et chirurgienne. Autre souvenir marquant : l'admission en juin 2022 de trois mécaniciens brûlés dans la salle des machines du porte-conteneurs MSC Rachele au large de Toulon suite à l'explosion d'un carter.
Une prise en charge pluridisciplinaire exhaustive
De l'arrivée d'une personne brûlée à sa sortie du service, généralement deux à trois mois plus tard, toute une équipe médicale accompagne les patients. « La prise en charge est pluridisciplinaire », indique la cheffe de service, entourée d'un aréopage de professionnels :
- Infirmières spécialisées
- Psychologues
- Diététiciennes
- Ergothérapeutes
- Réanimateurs
- Kinésithérapeutes
L'activité au bloc opératoire est prégnante, avec un grand brûlé opéré tous les deux jours sous anesthésie générale. Une équipe rodée de sept personnes travaille sous la direction de la chirurgienne en chef. « La première étape est d'enlever la peau brûlée sur les zones atteintes. Il faut trouver une peau saine pour effectuer la greffe », explique-t-elle.
Innovations techniques et approches thérapeutiques novatrices
Le service de Sainte-Anne cultive une particularité remarquable : la réparation du derme avec des équivalents dermiques à base de collagène d'origine bovine. « On répare la qualité structurelle de la peau. Cela permet d'avoir une meilleure souplesse, moins de séquelles et donc une réhabilitation plus précoce », détaille la chirurgienne Anne-Sophie.
Au bloc opératoire, chaque intervention dure entre deux et trois heures dans une atmosphère particulière. « La température au bloc est de 23 degrés avec une hygrométrie importante. Il fait chaud, c'est un peu tropical », décrit Céline. « On a l'impression d'être en Guyane ! », lance Fanny, évoquant les casaques étanches portées par-dessus le pyjama avec calot et masque.
L'accompagnement psychologique : une dimension essentielle
Dans ce service si particulier, les brûlures mettent souvent à nu un traumatisme psychologique important. « La peau, c'est visible. Le ressenti est différent d'une fracture, même pour une simple cicatrice sur la main », estime Anne-Sophie. Lorsqu'une personne est brûlée au visage, l'équipe organise le premier regard avec une psychologue. « L'image de la personne est bousculée. Il y a une prise en charge psychologique pour aider à accepter ses cicatrices ».
Pour accompagner la douleur des patients, l'hôpital a mis en place de nouveaux protocoles via son Comité de lutte contre la douleur. Le service pratique l'hypnose conversationnelle pour soulager les patients pendant les soins. « Comme le patient est concentré sur la conversation, il s'attarde moins sur la douleur », explique l'infirmière Céline.
Technologie et humanité au service des patients
Depuis un an et demi, l'équipe utilise également un masque de réalité virtuelle qui diffuse des images de relaxation ou de voyages. « Ça marche très bien et nous permet par exemple d'enlever des agrafes sur une greffe plus facilement car c'est relativement douloureux », assure Fanny.
Être infirmière dans un service de brûlés n'est pas une sinécure. « Des collègues d'autres services nous demandent comment on fait pour travailler là », dit Fanny. Mais la récompense est à la mesure des défis. « On suit nos brûlés pendant des mois. On les reçoit en phase aiguë, allongés et bandés dans un lit d'hôpital et puis un jour on les voit debout, cicatrisés, en civil, apprêtés », sourient les infirmières.
Fanny ne se voit pas travailler ailleurs : « C'est mon service de cœur ». La cheffe de service conclut : « Ce métier nécessite une somme de connaissances et une grande technicité, une grande empathie aussi. Et on est ouvert aux vocations ! ».



