Les secrets de la mémoire révélés par Hélène Amieva, experte en psychogérontologie
Comment fonctionne notre mémoire ? Peut-on la renforcer ? Pourquoi nous fait-elle parfois défaut ? Hélène Amieva, professeure en psychogérontologie à l'université de Bordeaux, dévoile ses mystères. Spécialiste de la maladie d'Alzheimer, elle dirige également l'équipe Active, l'une des dix équipes de chercheurs du Centre de recherche sur la santé des populations de Bordeaux. Depuis 2020, son équipe évalue le Village landais Alzheimer de Dax, un dispositif innovant unique en France.
Qu'est-ce que la mémoire ?
La mémoire constitue l'une des fonctions cognitives fondamentales. Sans elle, nous ne pourrions pas adopter des comportements adaptés. Il est essentiel de mémoriser les objets, les personnes qui nous entourent, les événements vécus, afin de comprendre le monde et orienter nos actions vers des objectifs précis. Plusieurs régions de notre cerveau, situées dans le lobe temporal, le lobe pariétal et le lobe frontal, sont impliquées dans la mémorisation. Elles sont sollicitées différemment selon le type d'informations à retenir. Ces zones fonctionnent en réseau pour encoder, stocker et récupérer les informations. Ces trois étapes – encodage, stockage et restitution – sont fondamentales pour le processus mnésique.
Existe-t-il plusieurs sortes de mémoire ?
Il n'existe pas une seule mémoire, mais bien plusieurs. La mémoire sémantique stocke nos connaissances générales sur le monde. Par exemple, vous savez que Rome est la capitale de l'Italie, sans nécessairement vous souvenir où, quand ou comment vous l'avez appris. Cette mémoire s'enrichit continuellement tout au long de la vie grâce à l'accumulation de dizaines de milliers de connaissances. La mémoire épisodique, tout aussi cruciale mais distincte, conserve les événements personnels que nous avons vécus. La mémoire procédurale représente un autre type majeur : elle permet d'effectuer des automatismes, comme faire du vélo, sans avoir à réfléchir consciemment aux mouvements. Ces trois mémoires sont les plus importantes, bien que d'autres existent.
Peut-on agir sur la mémoire ?
À tout âge, nos mémoires évoluent, car le cerveau ne fonctionne pas de la même manière à 20, 40, 60 ou 80 ans. Une certaine perte fait partie du vieillissement physiologique. Cependant, il est possible d'adopter des stratégies pour optimiser son fonctionnement. Une bonne hygiène de vie – incluant une alimentation riche en antioxydants et en omégas-3, une activité physique régulière et un sommeil de qualité – favorise une mémoire efficace. À l'inverse, un mauvais sommeil, une alimentation déséquilibrée, le stress, la dépression, l'alcool ou les stupéfiants nuisent à son bon fonctionnement. Ces effets sont largement documentés par la recherche.
Existe-t-il des exercices spécifiques pour améliorer sa mémoire ?
Non, aucun exercice n'a démontré son utilité de manière probante. Seule la répétition améliore les performances mnésiques. Répéter l'exposition à l'information reste la stratégie la plus efficace. Il est important de solliciter sa mémoire régulièrement, mais l'essentiel est de comprendre comment fonctionne sa propre mémoire. Il faut la personnaliser, trouver des astuces qui ont du sens pour soi. La mémoire n'est pas seulement stimulée par des activités intellectuelles ; les interactions sociales jouent également un rôle crucial, en activant de nombreuses fonctions cérébrales.
Quels sont les impacts des réseaux sociaux sur notre mémoire ?
Les réseaux sociaux représentent un piège. Le risque est que notre cerveau s'habitue à la paresse. Scroller pendant des heures sur des images et des vidéos est incompatible avec un apprentissage actif et approfondi. Il ne faut pas surentraîner notre cerveau à ce type d'activité passive, qui peut nuire à la mémorisation.
Comment la mémoire fait-elle le tri ?
L'oubli est une fonction essentielle de notre mémoire. Nous ne pouvons pas tout mémoriser, car nous ne sommes pas des super-ordinateurs. Nous oublions certaines informations auxquelles nous n'aurons plus jamais accès, tandis que d'autres restent stockées de manière implicite, sans être accessibles par simple volonté.
Quand faut-il s'inquiéter des trous de mémoire ?
Il convient de s'inquiéter lorsque l'information semble véritablement perdue. Si, malgré des indices fournis par l'entourage, la personne ne parvient pas à se souvenir et que ces incidents se répètent fréquemment, il est recommandé de consulter un neurologue pour une évaluation approfondie.



