L'État s'engage contre les pratiques psychanalytiques dans l'autisme
À la suite de la publication de nouvelles recommandations par la Haute Autorité de santé (HAS) concernant la prise en charge des troubles du spectre autistique (TSA), l'exécutif français annonce des mesures fermes pour éradiquer l'utilisation de méthodes « non recommandées », en particulier les approches psychanalytiques. Ces pratiques, jugées inefficaces et parfois néfastes, seront désormais ciblées par des inspections dans les structures spécialisées.
Des recommandations claires pour une prise en charge efficace
La HAS a récemment actualisé ses directives pour les enfants atteints de TSA, qui touchent 1 à 2 % de la population. Parmi les points essentiels :
- Intervenir précocement, dès l'âge de 18 mois
- Encourager le développement de la communication
- Évaluer annuellement le fonctionnement et les progrès
- Placer les parents au cœur du processus, avec un soutien et une formation adaptés
La psychanalyse a été explicitement classée comme pratique « non recommandée », car elle n'a jamais démontré d'efficacité scientifiquement validée pour traiter l'autisme.
Un constat alarmant sur le terrain
Malgré ces directives, de nombreux professionnels de santé restent imprégnés d'approches psychanalytiques, selon Sophie Biette, copilote du groupe de travail de la HAS. « La formation initiale des pédopsychiatres, psychologues et travailleurs sociaux reste trop marquée par ces méthodes », déplore-t-elle, ce qui freine l'adoption des approches comportementales et développementales recommandées.
Danièle Langloys, présidente d'Autisme France, confirme que les familles se heurtent souvent à des professionnels « imbibés de psychanalyse ». « Sans intervention adaptée, l'enfant ne progresse pas et ne développe pas l'autonomie nécessaire », souligne-t-elle.
Des témoignages édifiants sur les dérives
La ligne Autisme Info Service recueille régulièrement des récits troublants. Florent Chapel, qui dirige ce service, rapporte des propos tenus par certains praticiens :
- À une mère dont l'enfant souffre de problèmes gastriques, un pédopsychiatre a affirmé : « Votre enfant vous vomit »
- Une autre, épuisée par les crises de son enfant, s'est entendue dire : « Vous ne lui avez pas donné le sein ? Votre enfant vous cherche et ne vous a jamais trouvée »
Ces approches, qualifiées de « culpabilisantes » pour les parents, sont dénoncées comme contraires à l'éthique et à la science.
Des sanctions annoncées pour les structures récalcitrantes
Face à cette situation, Étienne Pot, délégué interministériel aux troubles du neurodéveloppement, promet des « missions d'inspection » dans les établissements accueillant des enfants autistes. L'objectif : vérifier la conformité des pratiques avec les méthodes validées scientifiquement.
Les sanctions envisagées sont sévères :
- Fermetures temporaires de lits pour « repenser le projet » des structures défaillantes
- Poursuites judiciaires possibles contre les établissements qui ne se mettraient pas en conformité
- Interventions des Agences régionales de santé (ARS) pour suspendre les activités non conformes
Déjà, l'ARS Île-de-France a suspendu en urgence quatre services de la Fondation Vallée à Gentilly, le plus grand hôpital pédopsychiatrique de France, pour ses pratiques d'enfermement d'enfants.
Un changement de paradigme nécessaire
L'autisme est un trouble du neurodéveloppement d'origine génétique, présent dès la naissance. Étienne Pot juge « choquant » que certaines formations continuent de véhiculer l'idée que la relation mère-enfant serait à l'origine du trouble. « En astrophysique, on n'enseigne pas que la Terre est plate. Quand on parle d'autisme, il faut arrêter de dire que la mère a une responsabilité », martèle-t-il.
Certains diplômes universitaires, comme celui de l'université Paris Cité, continuent pourtant de proposer un « éclairage » psychanalytique sur l'autisme, perpétuant ainsi des informations erronées.
Vers une meilleure prise en charge pour tous
Le gouvernement affirme sa détermination à faire respecter les recommandations de la HAS. « Je ne veux plus qu'il y ait, dans notre pays, des structures qui accompagnent des enfants autistes en ayant recours à la psychanalyse », insiste Étienne Pot. Des inspections ciblées seront menées dans les prochaines semaines dans quatre régions, sur la base de signalements d'accompagnements non conformes.
Cette offensive marque un tournant dans la prise en charge de l'autisme en France, avec l'ambition d'offrir à chaque enfant une chance de progresser grâce à des méthodes éprouvées scientifiquement.



