Injections clandestines : Leïla, 22 ans, témoigne de son calvaire
Injections clandestines : Leïla raconte son cauchemar

Leïla, 22 ans, pensait améliorer son apparence en se rendant dans un appartement montpelliérain pour une injection de botox et d'acide hyaluronique. Au lieu de cela, elle a vécu un cauchemar : une infection sévère, des douleurs intenses et des séquelles psychologiques durables. Son histoire illustre les dangers du marché parallèle des injections esthétiques, qui prospère sur les réseaux sociaux.

Le piège des réseaux sociaux

Tout a commencé sur Instagram. Entre les vidéos « avant/après » et les promotions alléchantes, Leïla a peu à peu été convaincue que ses complexes pouvaient disparaître en quelques minutes. « Je voulais juste me sentir jolie. J'en avais marre de me sentir moins belle que toutes les filles que je voyais sur TikTok. À force, j'étais vraiment persuadée qu'une piquouse allait tout changer », confie-t-elle.

Le prix dans une clinique reconnue était inaccessible : une séance de Botox coûte en moyenne 450 euros, une seringue d'acide hyaluronique environ 400 euros, et une prise en charge complète du visage peut dépasser 1 500 euros. Sur les réseaux sociaux, une injectrice lui a promis le même résultat pour un quart du tarif. « Je savais que ce n'était pas légal. Mais dans ma tête, ce n'était qu'une piqûre. Je me disais qu'on exagérait les risques », raconte-t-elle.

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Un rendez-vous dans un appartement

Le rendez-vous a été fixé en quelques messages privés. Pas de cabinet médical, mais un appartement au centre de Montpellier. « Le salon était tellement propre que ça me rassurait. Elle avait des gants, des seringues emballées, des produits alignés. Elle avait l'air de savoir ce qu'elle faisait », se souvient Leïla. L'injection a duré quelques minutes. En repartant, elle ressentait une douleur plus vive que prévu. L'injectrice lui a dit que c'était normal.

Mais, une fois chez elle, son visage a commencé à gonfler à vue d'œil. « J'avais mal jusque dans la mâchoire. Je passais mon temps devant le miroir à espérer que ça s'arrête. Plus les heures passaient, plus je paniquais », décrit-elle. L'injectrice a minimisé ses inquiétudes, affirmant qu'il s'agissait d'une réaction normale.

Le diagnostic : infection sévère

Le lendemain, la douleur est devenue insoutenable. « J'avais l'impression que mon visage brûlait de l'intérieur. Je ne voulais plus sortir. Je me suis dit : "Qu'est-ce que j'ai foutu ?" », confie Leïla. Elle s'est rendue aux urgences, où les médecins ont diagnostiqué une infection sévère. « J'ai eu peur de perdre une partie de mon visage. Pour la première fois, je me suis vraiment demandé jusqu'où ça pouvait aller », ajoute-t-elle.

Selon l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), les signalements d'effets indésirables liés aux injections esthétiques hors cadre médical sont en hausse depuis 2022. Infections sévères, nécroses ou pertes de tissus figurent parmi les complications recensées. En France, ces injections sont strictement réservées aux professionnels habilités, et les produits injectables contenant de l'acide hyaluronique ne peuvent être vendus qu'à ces derniers. Les contrevenants risquent jusqu'à cinq ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende.

Des séquelles invisibles

Une petite cicatrice restera sur le visage de Leïla, mais les séquelles les plus profondes sont psychologiques. « Pendant des mois, je n'ai plus voulu qu'on me photographie. J'évitais les miroirs. J'avais honte de ce que j'avais fait, honte d'avoir cru qu'une meuf sur Insta pouvait réparer tous mes complexes pour 200 balles », dit-elle. Elle marque une pause : « Je savais que c'était illégal. Personne ne m'a forcée. Quand on ne s'aime plus, on finit par accepter des choses qu'on n'aurait jamais imaginées. On pense qu'on achète notre beauté. En fait, on joue juste à la roulette russe avec son visage. »

Selon une étude rapportée par BFM, 40 % des Français ont déjà fait ou envisagent d'avoir recours à la médecine esthétique. Ce chiffre monte à 52 % chez les femmes de 18 à 35 ans. Pour les professionnels de santé, la banalisation de ces pratiques sur les réseaux sociaux contribue à faire oublier qu'il s'agit d'un acte médical. Leïla conclut, les larmes aux yeux : « J'ai perdu confiance… et mon visage avec. »

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