Un accord historique pour les infirmières libérales
Après des années de stagnation salariale, les 130 000 infirmières libérales françaises vont bénéficier d'une augmentation progressive de plus de 500 millions d'euros annuels. Cet accord, conclu entre les syndicats et l'Assurance maladie, sera signé ce mardi et représente une avancée significative pour cette profession essentielle.
Des revalorisations jugées « insuffisantes mais nécessaires »
Daniel Guillerm, président de la FNI, premier syndicat représentatif, a déclaré lors d'une conférence de presse : « Nous avons décidé de signer, pas parce que le texte est parfait, mais parce qu'il est utile. Dans la situation actuelle, l'utile vaut mieux que l'idéal. » L'accord prévoit 503 millions d'euros de dépenses supplémentaires pour l'Assurance maladie, avec une entrée en vigueur progressive entre fin 2026 et fin 2028, auxquels s'ajoutent environ 40 millions remboursables par les complémentaires santé.
Le refus de signer aurait reporté les hausses de rémunération à 2027, dans un contexte de campagne présidentielle et d'incertitude politique. Or, ces revalorisations sont urgentes : depuis 2008, le revenu net réel des infirmiers libéraux a reculé de 7,7 % en euros constants. En 2008, un infirmier conservait 57 % de son chiffre d'affaires en revenu net, contre seulement 49 % en 2024.
Les détails de l'accord
Grâce à cet accord, une infirmière libérale touchera fin 2027 environ 306 euros mensuels de chiffre d'affaires supplémentaires, soit la moitié en revenu net. Le texte prévoit la hausse des tarifs des actes techniques et de la prise en charge des patients dépendants. Il adapte également l'exercice à la réforme de juin 2025, qui a élargi les compétences des infirmières et renforcé leur rôle dans le système de soins.
La « lettre clé », brique tarifaire servant à calculer la valeur des actes techniques, sera revalorisée en deux temps d'ici fin 2027. Par exemple, une injection bénéficiera de 30 centimes supplémentaires, et un pansement de 1,20 euro.
Nouvelle mission : la consultation infirmière
Une innovation majeure de l'accord est l'intégration progressive de la « consultation infirmière » aux actes remboursés. Deux types de consultation, rémunérés 20 euros chacun, entreront en vigueur en 2027 : l'une pour l'accompagnement de diabétiques de type 2 nouvellement traités par insuline, l'autre pour mettre en place un suivi après un « bilan prévention ».
D'autres motifs de consultation seront étudiés, comme le retour d'hospitalisation post-AVC, la prévention en santé mentale, ou les urgences. Cependant, une partie de la profession estime que cette consultation est sous-valorisée et trop éloignée de « l'esprit de la loi ».
Autres avancées et critiques
L'accord permet également aux infirmières de prendre en charge directement les plaies simples dès 2027, sans prescription médicale préalable. Il pose les premiers jalons d'une généralisation du dispositif expérimental « Équilibres », qui propose un mode de rémunération alternatif centré sur le temps passé auprès du patient.
Il encadre aussi la participation volontaire aux soins non programmés, accélère le développement des infirmières en pratique avancée (IPA), et rémunère le dépistage du cancer colorectal. Malgré ces avancées, des critiques émergent. Gaëlle Cannat, présidente du collectif des infirmiers libéraux en colère, déplore : « Pour des personnes en difficulté, ces revalorisations étalées dans le temps, ça paraît le bout du monde. »
La question cruciale des carburants
Les infirmières libérales sont aujourd'hui durement touchées par la hausse du prix des carburants, liée à la guerre au Moyen-Orient. Gaëlle Cannat témoigne : « Je fais 150 km par jour. On se retrouve à se dire, est-ce que c'est rentable ? » Outre l'accord, les syndicats réclament des exonérations de taxes sur les carburants pour garantir l'accès aux soins.
En comparaison, les 200 000 médecins libéraux avaient obtenu en 2024 un accord à 1,6 milliard d'euros. Malgré des revalorisations jugées insuffisantes, cet accord constitue une étape importante pour les infirmières libérales, face à la désertification médicale, au vieillissement de la population et à la progression des maladies chroniques.



