Infirmières Asalée en grève des salaires depuis janvier dans les Pyrénées-Atlantiques
Ce jeudi matin, les 35 infirmières du dispositif Asalée des Pyrénées-Atlantiques se sont rassemblées devant l'hôtel de ville de Pau. Comme leurs 2 000 collègues à travers la France, elles ne perçoivent plus leur salaire depuis le mois de janvier. « Nous sommes pris en otage », dénonce Cécile Cros, infirmière au sein du dispositif Asalée (action de santé libérale en équipe) à Monein.
Un conflit financier entre l'association nationale et l'Assurance maladie
La situation résulte d'un bras de fer entre l'association nationale qui les emploie et l'Assurance maladie, unique financeur de leur employeur à hauteur de 100 millions d'euros par an. En juillet 2025, un rapport de l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS), réclamé par le ministère de la Santé, a pointé des « insuffisances en termes d'organisation et de pilotage » au sein de l'association ainsi que « un certain nombre d'irrégularités, notamment au regard du droit des associations, du travail ou encore de la commande publique ».
L'Assurance maladie conditionne ainsi la signature d'une nouvelle convention avec l'association à la mise en œuvre des réformes de gestion exigées par l'IGAS. « Nous sommes victimes de ce conflit entre la Cnam et notre employeur », regrette Carine Almeda, infirmière à la maison de santé de Pontacq. Aucune des professionnelles n'a pourtant cessé de travailler depuis janvier.
Le dispositif Asalée : une efficacité reconnue malgré les difficultés
Né en 2004 dans les Deux-Sèvres, le dispositif Asalée est aujourd'hui intégré par un médecin généraliste sur cinq. « Nous accompagnons leurs patients avec des maladies chroniques comme le diabète, les risques cardiovasculaires. Avec eux, nous faisons de l'éducation thérapeutique. Nous pouvons également faire de la prévention, du dépistage, accompagner le sevrage tabagique, etc. », explique Carine Almeda.
Ni le rapport de l'IGAS, ni le ministère de la Santé ne remettent en cause l'efficacité du dispositif. L'Assurance maladie reconnaît d'ailleurs son utilité pour les patients. « Je collabore avec une infirmière Asalée depuis sept ans et elle m'est devenue indispensable », souligne la docteure Sandrine Santoul de Monein, présente dans le cortège palois. « Nos échanges sur les patients favorisent une meilleure prise en charge », poursuit-elle.
Sa consœur, la docteure Lucie Paris, insiste sur l'atout de la proximité du dispositif pour les patients éloignés des centres hospitaliers. « Si vous devez attendre trois mois pour un rendez-vous à 30 km, vous renoncez », constate-t-elle. Dans les Pyrénées-Atlantiques, une infirmière collabore en moyenne avec cinq médecins.
La valeur ajoutée du temps et l'impact financier sur les soignantes
« Notre valeur ajoutée, c'est le temps », affirme Lucas Martin, infirmier à Laruns et Arudy. « Un médecin n'a que 20 minutes pour une consultation destinée à diagnostiquer. Nous prenons le relais pour expliquer les détails. Nous pouvons ensuite mettre en place un suivi avec un nombre indéterminé de séances d'une heure. Nous pouvons nous adapter aux capacités du patient sans contrainte de temps », détaille-t-il. Les séances sont gratuites pour les patients.
Suite à la saisine début mars, par l'association Asalée, du tribunal des affaires économiques de Paris aux fins d'ouverture d'une procédure de redressement judiciaire, une audience au tribunal judiciaire de Paris doit se tenir ce vendredi 27 mars. Le paiement des salaires des infirmières de l'association devrait intervenir très rapidement après l'audience, a assuré la ministre de la Santé en début de semaine à l'Assemblée nationale.
« Si des difficultés de paiement devaient survenir, des solutions d'accompagnement sont d'ores et déjà étudiées pour ces professionnels en difficulté », a indiqué Stéphanie Rist. « Ce n'est pas normal que cette audience n'ait pas eu lieu plus tôt », tempête Marianne Colin, infirmière à Oloron.
Chacune de ces professionnelles de santé témoigne des difficultés financières engendrées par cette situation. « Toutes nos vies sont perturbées dans leur quotidien et nous travaillons la peur au ventre de perdre notre emploi », s'émeut Cécile Cros. « Et cette anxiété, que nous vivons depuis deux mois, génère aussi des problèmes de santé pour nous », conclut Carine Almeda.



