Depuis l'alerte lancée par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) le 2 mai 2026, les projecteurs se sont braqués sur le hantavirus Andes. Dans le même temps, une épidémie provoquée par le virus Ebola s'est développée, loin des regards, en République démocratique du Congo (RDC). Le dimanche 17 mai, l'OMS a estimé que le risque pour la santé publique lié au hantavirus était « faible », tandis que l'épidémie d'Ebola était qualifiée d'« urgence de santé publique de portée internationale ».
Prudence autour du hantavirus Andes
Du côté de la souche Andes, la prudence reste de mise autour du foyer épidémique détecté à bord du navire de croisière Hondius, après la mort de trois passagers et l'annonce de douze cas probables ou confirmés de contamination. « Mais il existe plusieurs motifs de soulagement », estime Antoine Flahault, professeur de santé publique à l'université Paris Cité. Le premier motif concerne le profil génétique du virus. Aucun élément ne suggère à ce stade l'émergence d'un variant particulier présentant des caractéristiques nouvelles, selon le Centre national de référence de l'Institut Pasteur. Quant à la contamination interhumaine, elle semble limitée.
Confinement des voyageurs en France
En France, les 26 voyageurs identifiés comme cas contacts lors des transferts en avion d'une passagère du navire – décédée depuis – sont toujours à l'isolement. Ils le resteront même si leurs tests PCR s'avèrent négatifs. Cette mesure drastique est indispensable en raison de la biologie même du virus. Lors de précédents épisodes épidémiques liés à la souche Andes, la durée d'incubation s'est révélée être de trois semaines en moyenne, mais elle a pu atteindre parfois six semaines. Des personnes infectées sont également restées négatives entre cinq et quinze jours avant de présenter les premiers symptômes.
Certains cas contacts, actuellement confinés aux quatre coins du monde, pourraient donc héberger le virus sans présenter de charge virale circulante détectable, ce qui justifie le maintien d'une surveillance et d'un isolement prolongés. « Mais jusqu'à présent, les cas avérés ou probables sont tous en lien direct avec le bateau », reprend Antoine Flahault. Si une personne avait été infectée sans connexion avec la croisière, les vols de rapatriement ou un voyage en Argentine dans la zone endémique du virus Andes, cela aurait constitué un « tournant inquiétant dans la gestion de cette crise face à un virus d'une sévérité extrême, dont la mortalité avoisine les 30 % ». En effet, cela aurait indiqué l'existence d'une « transmission communautaire passée sous les radars ».
Ebola en RDC : une propagation sous les radars
Sous les radars, c'est exactement comme cela que l'épidémie provoquée par le virus Ebola s'est étendue en RDC. Elle a surgi dans l'actualité internationale alors que le pays comptait déjà 80 morts et sûrement plus de 300 cas. « La maladie est parvenue à se propager pendant quatre semaines sans attirer l'attention internationale. C'est la première fois qu'un tel retard se produit », s'inquiète Antoine Flahault.
Le foyer se situant dans une zone de conflit, son accès est extrêmement périlleux pour l'aide humanitaire et les services de santé. Ce retard illustre également les risques associés aux failles de la surveillance au niveau mondial. Le spécialiste de santé publique pointe du doigt « la perte cruelle d'expertise liée au retrait des États-Unis de l'OMS, ainsi qu'une chute brutale des budgets d'aide au développement et de coopération de nombreux pays occidentaux, dont la France ». Laisser de telles épidémies se développer hors de tout contrôle, faute de financement et de coopération, expose l'ensemble de la communauté internationale à un dangereux « effet boomerang sanitaire ». Le risque de débordement en dehors de la région est réel. « Mais si, par hasard, un voyageur arrivait dans un pays occidental via un vol commercial, la surveillance permettrait d'endiguer la maladie et de limiter les risques comme cela a été le cas lors de l'épidémie de 2014 en Afrique de l'Ouest », tempère Antoine Flahault.



