Hantavirus et Ebola : les fabricants de masques en alerte
Hantavirus et Ebola : fabricants de masques en alerte

À peine les premières bribes d’informations sur un foyer de hantavirus détecté à bord d’un navire de croisière commençaient-elles à sortir que plusieurs personnes s’installaient autour d’une table à Saint-Barthélemy-d’Anjou, près d’Angers (Maine-et-Loire). D’autres, connectées depuis l’étranger, rejoignaient à leur tour l’assemblée par visioconférence. L’objectif de cette réunion de crise ? « Connaître l’état de notre stock et en combien de temps on est capable de faire évoluer notre production, c’est-à-dire de commander des matières premières, de rouvrir des lignes et de former du personnel », résume aujourd’hui Benoît Guillet, directeur marketing Europe chez Medicom. D’origine canadienne, l’entreprise est en effet un acteur fort de la protection individuelle destinée aux professionnels de l’industrie et, surtout, du secteur médical.

Des masques aux surchaussures en passant par les gants, le catalogue propose la panoplie complète pour éviter une contamination. Alors forcément, depuis l’épisode Covid, quand l’ombre d’une nouvelle pandémie se met à planer, le téléphone, lui, sonne sans relâche dans les bureaux de la société. « Nous avons enregistré une hausse d’environ 25 % de commandes par les opérateurs privés », précise au Point depuis le Canada le PDG de Medicom, Guillaume Laverdure.

Le marché inondé par des opportunistes

Alors qu’aucune crise sanitaire n’est, pour l’heure, à craindre en France, les pharmacies ont tout de même été prises d’assaut, à tel point que Pharmazon, une centrale d’achat qui livre des officines dans tout le pays, peine à suivre la cadence. Depuis le 12 mai dernier, la société du Loiret a ainsi écoulé pas moins de 16 000 boîtes contenant chacune 50 masques FFP2. Pour la seule journée du 19 mai, elle en a expédié plus de 500 dans les pharmacies de l’Hexagone quand, sur le site de vente destiné aux particuliers, 120 clients ont passé commande. « Avant l’hantavirus, on en vendait une quinzaine au grand public et quatre-vingt-dix aux officines », signale la directrice de Pharmazon Audrey Lecoq, qui doit, en plus, faire face aux profiteurs. « Il se passe exactement la même chose que pendant le Covid, avec des opportunistes qui inondent le marché ! On m’envoie des photos de masques sur lesquels il n’y a aucune réglementation française et européenne, il faut faire très attention. »

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À cela s’ajoute l’apparition de tests hantavirus à l’efficacité plus que douteuse. « Des camions entiers débarquent de Chine, à deux euros l’unité, s’alarme la patronne orléanaise. Ils ne sont pas autorisés en France mais on peut quand même s’en procurer ! »

« La France anticipe bien, elle a beaucoup appris du Covid »

En région Pays de la Loire, aucune crainte : les produits usinés en Anjou et en Sarthe respectent tous les normes en vigueur. Normal, l’un de ses principaux clients n’est autre que… l’État français. « Nous avons répondu à l’appel d’offres pour constituer le stock stratégique, se félicite Benoît Guillet. Sur le million de masques que l’on produit par jour, près de la moitié est envoyée dans les différents entrepôts de ce stock installés dans le Nord, l’Île-de-France et dans le Sud. Par rapport à d’autres États européens, la France anticipe bien, elle a beaucoup appris du Covid ».

Par conséquent, le pays dispose d’une réserve directement accessible pour protéger la population « pendant minimum trois mois », comme l’a rappelé le gouvernement mi-mai. Et si besoin, les fabricants tricolores sont en mesure de mettre les bouchées doubles, voire triples. C’est d’ailleurs précisément ce que Santé publique France a demandé aux industriels lorsque le hantavirus est apparu.

« Ils sont venus aux renseignements et on leur a répondu qu’en fonctionnant en continu pendant la semaine et le week-end, nous pouvions monter notre production à 500 millions de masques par an ». Un changement de régime qui prendrait toutefois plusieurs semaines à se mettre en place, le temps d’embaucher du personnel et de le former. Le tout en s’assurant, surtout, d’avoir suffisamment de matière première sous la main.

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Les Pays de la Loire, en première ligne contre… Ebola

« Une grosse majorité de ce que nous utilisons vient d’Europe et même de France, reprend Benoît Guillet. Le contexte géopolitique, notamment avec la crise au Moyen-Orient, ne pose pas de problème sur l’approvisionnement mais sur la hausse de prix. Sur des masques, l’augmentation peut aller de 5 à 15 % selon les modèles, et pour les gants, qui ne sont faits qu’avec une matière pétrolière, ça peut aller jusqu’à plus 50 à 60 % de hausse ».

Une inflation qui se répercute chez les revendeurs soumis, qui plus est, à l’impitoyable loi de l’offre et de la demande. « Quand les commandes explosent, les prix flambent, observe Audrey Lecoq, dans le Loiret. Avant, j’achetais le masque FFP2 à 9 centimes l’unité, et là il est proposé à 30 centimes ! »

Si le hantavirus a certes provoqué le décès de trois personnes sur le bateau de croisière, avec moins d’une trentaine de cas contacts (tous négatifs) en France, on est loin d’une épidémie susceptible de paralyser le pays. Ce qui n’est pas le cas d’un autre virus, beaucoup plus virulent et qui a déjà fait plus de 130 morts en quelques jours, notamment en République démocratique du Congo : Ebola.

À cet effet, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) vient de déclencher l’urgence de santé publique à portée internationale, soit son deuxième échelon en matière d’alerte. Une procédure qui a résonné jusqu’à Angers. « Nous sommes sollicités par l’OMS pour voir quels sont nos stocks et quelles sont nos capacités et nos délais, confie Benoît Guillet. On est en train de constituer notre réponse, sachant qu’on a des produits très spécifiques, comme des combinaisons de type 3, voire 4. Nous avons déjà répondu à ce type de besoins et oui, nous avons des équipements fabriqués ici ou en Sarthe qui peuvent aller en Afrique ».

Et peut-être même en France puisque Mayotte, territoire géographiquement le plus proche du foyer épidémique, pourrait constituer une porte d’entrée d’Ebola. Le gouvernement a d’ailleurs annoncé avoir pris « des premières mesures de précaution ».