Depuis l'apparition de cas à bord d'un bateau de croisière parti d'Argentine, le MV « Hondius », la planète renoue avec la crainte d'une pandémie. La virologue Christine Rouzioux analyse la réaction des autorités sanitaires et politiques.
Une épidémie sous surveillance
En avril, l'éventualité d'une épidémie à grande échelle a suscité une inquiétude mondiale lorsque plusieurs cas d'hantavirus, une maladie transmise au départ par des rongeurs, sont apparus sur le MV « Hondius », parti d'Ushuaia, en Argentine, avec à son bord quelque 150 passagers et membres d'équipage, de vingt-trois nationalités différentes. Trois personnes ont pour l'heure perdu la vie. Rapatriés dans leurs pays respectifs, les autres voyageurs font l'objet d'une surveillance, plus ou moins poussée en fonction des protocoles locaux. En France, à l'heure où nous écrivons ces lignes, une malade de plus de 65 ans est toujours hospitalisée dans un état grave à l'hôpital Bichat, à Paris, tandis que vingt-six cas contacts ont été placés à l'isolement.
Entretien avec Christine Rouzioux
L'apparition de ce foyer épidémique vous a-t-elle surprise ?
Christine Rouzioux : Les hantavirus sont une famille de virus connue. Il existe d'ailleurs à l'Institut Pasteur, à Paris, un centre national de référence pour l'ensemble d'entre eux : ceux de l'Ancien Monde et ceux du Nouveau Monde. Ce qui est surprenant, c'est la rapidité de la propagation à bord d'un navire, mais cela s'explique par la promiscuité et les conditions de vie à bord. Chaque personne contaminée doit faire l'objet d'une enquête minutieuse pour retracer ses déplacements et identifier les contacts à risque. Les autorités sanitaires ont réagi rapidement en isolant les cas suspects et en mettant en place des mesures de quarantaine.
Quels sont les risques de voir cette épidémie se transformer en pandémie ?
Christine Rouzioux : Le risque est réel, mais il est contrôlable si les mesures de surveillance et de confinement sont appliquées rigoureusement. Les hantavirus ne se transmettent pas facilement d'homme à homme, contrairement au coronavirus. Cependant, la vigilance est de mise. Il est essentiel de renforcer la recherche sur ces virus et de préparer les systèmes de santé à faire face à une éventuelle augmentation des cas.
Que recommandez-vous aux voyageurs et au grand public ?
Christine Rouzioux : Il faut respecter les gestes barrières, notamment le lavage des mains et le port du masque dans les lieux clos. En cas de symptômes évocateurs (fièvre, douleurs musculaires, difficultés respiratoires), il est impératif de consulter un médecin et de signaler tout voyage récent. Les autorités doivent également communiquer de manière transparente pour éviter la panique et assurer une bonne coordination internationale.



